Carnet n°56 - Faut-il réellement jeter les sciences de l'éducation aux orties ?
Par Anton WAGNER le mardi, 16 mars 2010, 09:16 - Réflexion - Lien permanent
Lorsqu’il s’agit d’expliquer les maux de l’école, nombreux ceux qui s’attaquent aux sciences de l’éducation. Leur pédagogisme débridé et déconnecté du réel (qui n’a jamais entendu parler des référenciels bondissants et autres outils scripteurs ?) expliquerait grandement l’incapacité des enseignants à accomplir leur travail, c’est-à-dire à enseigner.
J’ai moi même longtemps partagé cette idée. Mais depuis quelques temps, j’en reviens.
Il y a plusieurs raisons à cela. La première est théorique. C’est une question toute simple : pourquoi l’enseignement ne pourrait-il pas faire l’objet de recherches scientifiques ? Il doit bien exister des pédagogies plus adaptées que d’autres, que l’on peut décrire et justifier scientifiquement. Certes, les sciences de l’éducation se rangeraient plutôt dans le rang des disciplines humaines, et non dans celui des sciences dures. Mais il en va de même de l’histoire dont personne ne songe à contester l’utilité ni la validité. (Pourtant Dieu sait combien l’histoire est vulnérable aux partis pris !)
J’en conclus que l’on peut rejeter la forme historique qu’ont prise les sciences de l’éducation en France ; où il s’est moins agit de découvrir les meilleures pédagogies que de transformer l’école dans un but révolutionnaire de transformation de la société toute entière. Je renvois, comme toujours, aux livres éclairants de Philippe Némo, Pourquoi ils ont tué Jules Ferry et Le Chaos pédagogique. Mais de tout cela, on ne saurait conclure sans abus que les sciences de l’éducation, en tant que projet scientifique, sont disqualifiées.
La seconde raison est logique. J’ai lu un article du Figaro montrant que les lycées français à l’étranger étaient très prisés. Cette année, les effectifs y auraient augmenté de 4%. Aux États-Unis, les parents plébisciteraient la rigueur de l’enseignement dispensé et l’éveil de l’esprit critique qu’il permet. Bizarrement, le modèle scolaire français sclérosé et en crise ici fait recette ailleurs… C’est simplement qu’en France, l’école est confrontée à une grande hétérogénéité sociale et culturelle des élèves. Toutes les difficultés de la société française se déversent dans les établissements scolaires qui n’en peuvent mais. Il est évident que dans pareilles circonstances, on ne peut plus enseigner comme avant.
La troisième et dernière raison est pratique. Depuis cinq ou six ans que j’enseigne, ma pratique a grandement évolué. Au départ, j’enseignais grosso modo comme mes professeurs m’avaient enseigné. J’ai nécessairement été conduit à trouver d’autres manières. Ce qui est bien, c’est que des stages de formation sont proposés, et certains sont vraiment intéressants. Je peux témoigné n’avoir jamais entendu un formateur, pas plus durant ces stages qu’à l’IUFM d’ailleurs, parler de référenciel bondissant ou d’autres idioties de ce genre. En revanche, j’ai entendu des choses telles que : le travail sans contrainte est une fiction, il faut sanctionner un élève qui n’a pas travaillé si c’est jugé nécessaire, il ne faut pas hésiter à verbalement relever les petites insolences, même si elles ne méritent pas de punition, etc.
J’ai commencé à appliquer certaines idées dans mes cours. Il est encore bien trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, mais les résultats de nombreux élèves qui vivotaient dans la médiocrité se sont améliorés. Ce n’est pas parfait, bien sûr : certains s’obstinent à ne pas vouloir prendre le train en marche ; il en sera cependant toujours ainsi. En tout cas, le frémissement que j’ai pu constater, durant le second trimestre, dans la plupart des classes où j’ai changé de pratique est très encourageant et redonne foi dans le métier. C’est aussi un peu angoissant, car l’on craint la rechute et le mirage… Il faut attendre et voir !
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