Lorsqu’il s’agit d’expli­quer les maux de l’école, nom­breux ceux qui s’atta­quent aux scien­ces de l’édu­ca­tion. Leur péda­go­gisme débridé et décon­necté du réel (qui n’a jamais entendu par­ler des réfé­ren­ciels bon­dis­sants et autres outils scrip­teurs ?) expli­que­rait gran­de­ment l’inca­pa­cité des ensei­gnants à accom­plir leur tra­vail, c’est-à-dire à ensei­gner.

J’ai moi même long­temps par­tagé cette idée. Mais depuis quel­ques temps, j’en reviens.

Il y a plu­sieurs rai­sons à cela. La pre­mière est théo­ri­que. C’est une ques­tion toute sim­ple : pour­quoi l’ensei­gne­ment ne pour­rait-il pas faire l’objet de recher­ches scien­ti­fi­ques ? Il doit bien exis­ter des péda­go­gies plus adap­tées que d’autres, que l’on peut décrire et jus­ti­fier scien­ti­fi­que­ment. Cer­tes, les scien­ces de l’édu­ca­tion se ran­ge­raient plu­tôt dans le rang des dis­ci­pli­nes humai­nes, et non dans celui des scien­ces dures. Mais il en va de même de l’his­toire dont per­sonne ne songe à con­tes­ter l’uti­lité ni la vali­dité. (Pour­tant Dieu sait com­bien l’his­toire est vul­né­ra­ble aux par­tis pris !)

J’en con­clus que l’on peut reje­ter la forme his­to­ri­que qu’ont prise les scien­ces de l’édu­ca­tion en France ; où il s’est moins agit de décou­vrir les meilleu­res péda­go­gies que de trans­for­mer l’école dans un but révo­lu­tion­naire de trans­for­ma­tion de la société toute entière. Je ren­vois, comme tou­jours, aux livres éclai­rants de Phi­lippe Némo, Pour­quoi ils ont tué Jules Ferry et Le Chaos péda­go­gi­que. Mais de tout cela, on ne sau­rait con­clure sans abus que les scien­ces de l’édu­ca­tion, en tant que pro­jet scien­ti­fi­que, sont dis­qua­li­fiées.

La seconde rai­son est logi­que. J’ai lu un arti­cle du Figaro mon­trant que les lycées fran­çais à l’étran­ger étaient très pri­sés. Cette année, les effec­tifs y auraient aug­menté de 4%. Aux États-Unis, les parents plé­bis­ci­te­raient la rigueur de l’ensei­gne­ment dis­pensé et l’éveil de l’esprit cri­ti­que qu’il per­met. Bizar­re­ment, le modèle sco­laire fran­çais sclé­rosé et en crise ici fait recette ailleurs… C’est sim­ple­ment qu’en France, l’école est con­fron­tée à une grande hété­ro­gé­néité sociale et cul­tu­relle des élè­ves. Tou­tes les dif­fi­cul­tés de la société fran­çaise se déver­sent dans les éta­blis­se­ments sco­lai­res qui n’en peu­vent mais. Il est évi­dent que dans pareilles cir­cons­tan­ces, on ne peut plus ensei­gner comme avant.

La troi­sième et der­nière rai­son est pra­ti­que. Depuis cinq ou six ans que j’ensei­gne, ma pra­ti­que a gran­de­ment évo­lué. Au départ, j’ensei­gnais grosso modo comme mes pro­fes­seurs m’avaient ensei­gné. J’ai néces­sai­re­ment été con­duit à trou­ver d’autres maniè­res. Ce qui est bien, c’est que des sta­ges de for­ma­tion sont pro­po­sés, et cer­tains sont vrai­ment inté­res­sants. Je peux témoi­gné n’avoir jamais entendu un for­ma­teur, pas plus durant ces sta­ges qu’à l’IUFM d’ailleurs, par­ler de réfé­ren­ciel bon­dis­sant ou d’autres idio­ties de ce genre. En revan­che, j’ai entendu des cho­ses tel­les que : le tra­vail sans con­trainte est une fic­tion, il faut sanc­tion­ner un élève qui n’a pas tra­vaillé si c’est jugé néces­saire, il ne faut pas hési­ter à ver­ba­le­ment rele­ver les peti­tes inso­len­ces, même si elles ne méri­tent pas de puni­tion, etc.

J’ai com­mencé à appli­quer cer­tai­nes idées dans mes cours. Il est encore bien trop tôt pour en tirer des con­clu­sions défi­ni­ti­ves, mais les résul­tats de nom­breux élè­ves qui vivo­taient dans la médio­crité se sont amé­lio­rés. Ce n’est pas par­fait, bien sûr : cer­tains s’obs­ti­nent à ne pas vou­loir pren­dre le train en mar­che ; il en sera cepen­dant tou­jours ainsi. En tout cas, le fré­mis­se­ment que j’ai pu cons­ta­ter, durant le second tri­mes­tre, dans la plu­part des clas­ses où j’ai changé de pra­ti­que est très encou­ra­geant et redonne foi dans le métier. C’est aussi un peu angois­sant, car l’on craint la rechute et le mirage… Il faut atten­dre et voir !