Carnet n°54 - L'immoralisme des hommes d'Etat
Par Anton WAGNER le mercredi, 24 février 2010, 12:26 - Réflexion - Lien permanent
Retour vers le passé. Mai 2006, Kenneth Lee Lay est reconnu coupable par la justice états-unienne. Octobre 2006, Jeffrey Skilling est condamné à 24 ans et 4 mois de prison. Ces condamnations mirent fin à l’un des plus grands scandales qui aient secoué le monde des affaires. Si vous l’aviez oublié, Kenneth Lee Lay fut le fondateur et PDG d’Enron, Jeffrey Skilling fut également PDG de cette entreprise.
Kenneth Lee Lay ne purgea pas sa peine car il trépassa d’une crise cardiaque, mais on ne peut pas dire que la justice fut légère dans la condamnation des fraudes qui menèrent à la faillite d’Enron, l’une des plus grandes entreprises états-uniennes et mondiales (en 2000/2001, elle était au 7ème rang mondial pour la capitalisation et réalisait 111 milliards de dollars de chiffre d’affaire…).
Inutile, je pense, de préciser qu’à partir de l’instant où cette affaire fut révélée, soit en 2001, un torrent de critiques s’abattit sur le libéralisme jugé responsable. Les fraudes d’Enron auraient représenté l’essence même du système capitaliste libéral. Enron avait créé une kyrielle d’entreprises dont le seul but était de lui permettre de présenter un bilan comptable plus favorable, en particulier d’emprunter sans que cela n’apparût, trompant ainsi les actionnaires du groupe.
Moi, je me demande bien quelle nature principielle peut révéler les fraudes de l’ancien Premier ministre grec, Kóstas Karamalis, qui fit croire que le déficit budgétaire de son État s’élevait à 6% du PIB, alors qu’il atteignait en réalité 12,7%… Bizarrement, aucune action en justice n’a été intenté contre le fraudeur, qui a pourtant menti à tout le monde (les Grecs, les partenaires européens, les créanciers) et lésé les créanciers ainsi empêchés d’évaluer correctement la solvabilité de l’État grec. Ce type ne devrait normalement plus pouvoir sortir de chez lui sans risquer de se faire lyncher par la foule, on devrait apprendre qu’un dispositif massif de sécurité a été déployé autour de sa maison, pour le protéger de l’ire de ses compatriotes excédés d’avoir été trompés par lui… Mais rien de tout cela.
Seule la Commission européenne s’est décidée à agir en diligentant une procédure de sanction contre le pays pour défaut de fiabilité de ses statistiques officielles. Mais, pour logique que soit cette réaction, on en perçoit immédiatement les limites : 1° c’est l’État grec qui est visé et non le principal responsable, à savoir Kóstas Karamalis lui-même ; 2° c’est finalement encore le contribuable qui devra faire les frais, comme d’accoutumé, bien que le comportement de Karamalis révèle une corruption plus généralisée de la Grèce.
Faut-il croire que le même genre de mensonge, considéré comme intolérable lorsqu’il s’agit d’entreprise privée, deviendrait parfaitement anodin et acceptable – et pourquoi pas louable ? – quand il s’agit d’un mensonge d’État ? Je vous laisse cependant juge de la gravité respective des deux tromperies : combien de personnes furent lésées par le scandale d’Enron, qui lui au moins aboutit à des condamnations, et combien le sont et risquent de l’être par la faute d’un dirigeant corrompu et menteur qui n’est même pas inquiété pour ses agissements ? Lequel des deux risque d’avoir les répercussions les plus graves ?
C’est à mourir de rire d’entendre tous ces gens réclamer que les hommes politiques contrôlent les marchés. Mais comment des hommes aussi menteurs, incompétents et irresponsables que les hommes politiques pourraient-ils effectuer un contrôle efficace des marchés ? La vérité, c’est que c’est impossible, et les troubles autour du rôle de Goldmans Sachs dans l’affaire grecque illustrent qu’il convient, plus que jamais, de séparer l’État de l’économie.
Commentaires
Ce n’est pas Karamanlis qui était premeir ministre en 2001-2002. Il a été élu en 2004 et n’a bien évidemment rien dit du déficit- mensonge de l’état (voir même situation en france ) . Le premier ministre en 2001 était un dénommé Simmitis (socialiste ) .
@gilles :
Si je comprends bien, ce n’est pas Karamanlis le responsable, bien qu’il soit complice par son silence, mais Simitis… Merci pour la précision. Elle ne change tout de fois rien au fond du billet.