Carnet n°52 - Et encore la jungle du marché !
Par Anton WAGNER le mardi, 9 février 2010, 11:39 - Economie - Lien permanent
Le libéralisme compte peu de défenseurs dans la sphère du débat public. Ceux qui sont capables d’expliquer les mécanismes du marché sans tomber dans la diabolisation, l’invective ou la recherche commode de bouc-émissaires faciles n’y sont pas légion. C’est pourquoi il est très précieux lorsque s’exprime une telle personne, et pourquoi il est très dommageable lorsqu’elle le fait de façon maladroite ou ambiguë.
C’est un peu le cas avec Éric Le Boucher, qu’on connaît pour ses positions plutôt libérales classiques, et qui signe dans Slate un papier déconcertant, bien que non dénué de pertinence.
L’auteur y analyse les embarras présents de la Grèce. Actuellement, la Grèce c’est un peu comme le premier domino d’une longue file qu’on a peiné à installer et qu’on ne voudrait pas voir tomber… Alors chacun retient son souffle et tente de dévoiler quelque peu les ombres de l’avenir. Or voici ce qu’il dit.
La Grèce a triché sur l’état de ses comptes publics pour entrer dans la zone euro. Ses partenaires le savaient plus ou moins mais ont laissé faire. Les mensonges ont continué depuis 10 ans et, maintenant, la Grèce doit payer l’addition… Le problème, ce sont les effets pour l’euro en tant que monnaie et pour les autres membres de la zone euro. Comme il n’existe aucune politique commune contraignante, on espère que la discipline des marchés obligera la Grèce à la rigueur qu’elle s’est toujours refusé d’appliquer. Or, c’est là faire payer une note bien trop lourde aux citoyens Grecs.
Je suis bien d’accord pour dire que, comme à chaque fois, ce sont les gens ordinaires qui écopent pour la bêtise des puissants. Je comprends bien que le propos central d’Éric Le Boucher est de fustiger l’absence de coordination commune entre les pays de la zone euro. Tout de même, j’éprouve des difficultés à goûter ce genre de remarque : « À l’automne 2008, après la faillite de Lehman Brothers, Angela Merkel a fait la démonstration de l’égoïsme et du chacun pour soi en refusant le plan commun de soutien aux banques que proposait Nicolas Sarkozy, alors président de l’Union. » Cela sent trop le parti pris facile.
Et puis pourquoi ressortir ce poncif du marché comme jungle ? Le marché, c’est comme la jungle parce qu’il s’attaque au plus faible… Pourtant, les lois du marché sont simples, et il est assez facile d’en éviter les écueils avec du bon sens et du courage politique. Mais voilà, c’est précisément ce qui a fait défaut aux dirigeants grecs. La mer aussi est très dangereuse, si le capitaine est ivre et lit les cartes à l’envers !
La papier d’Éric Le Boucher me semble donc ambigu. D’un côté il met bien en exergue la responsabilité des hommes d’État mais, de l’autre, il les dédouane en partie en accusant le méchant marché qui, tel le prédateur de la savane, se rue sur les proies faibles et isolées.
Incriminer franchement les hommes politiques est-il si difficile ?
Commentaires