Carnet n°51 - Qu'il n'est pas toujours bon d'avoir des excédents commerciaux
Par Anton WAGNER le samedi, 6 février 2010, 12:14 - Economie - Lien permanent
Cocorico ! Le Coq gaulois se dresse sur ses ergots, au sommet d’un beau tas de fumier, le torse bombé d’orgueil, pour annoncer urbi et orbi sa grande performance : en 2009, le déficit commercial du pays fut de 43 milliards d’euros (seulement a-t-on envie d’ajouter), contre 55,4 milliards l’année précédente !
Sans conteste, pour un pays qui a pris l’habitude de se lamenter sur ses résultats commerciaux à l’étranger, avec, en sus, un gros complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Allemagne, il y a de quoi pavoiser. Du moins en apparence.
Car lorsque l’on gratte un peu, c’est assez édifiant de voir de quoi les princes qui nous gouvernent se réjouissent, à l’exemple d’Anne-Marie Idrac, le secrétaire d’État au Commerce extérieur.
En gros :
- les importations ont diminué parce que les Français consomment moins et parce que le cours du pétrole s’est cassé le nez,
- les exportations ont reculé à cause de la mauvaise conjoncture internationale, mais moins que chez nos concurrents.
Décodons donc un peu tout cela.
Si les Français consomment moins, c’est à cause de la crise, et cela révèle donc un situation pour le moins morose, sinon franchement difficile, pour de nombreux ménages. Pas de quoi sauter de joie, en somme.
Si le cours du pétrole a chuté, la France n’y est pour rien, même si c’est une bonne nouvelle pour le porte-monnaie de tout le monde, et il suffit qu’il remonte pour que les lamentations apitoyées reviennent aussi sec.
Ses concurrents perdent plus de parts de marché que la France dans la conjoncture présente…, attendez la reprise et vous verrez ce que la France va prendre ! C’est exactement le même argument foireux qu’on nous a sorti à propos du modèle social français, au début de la crise, sous prétexte que, en crise permanente depuis trente ans, la France avait été moins durement frappée par celle des subprimes…
Mais que vaut un pays qui fait (un peu) mieux que les autres uniquement lorsque ceux-ci trébuchent ? C’est pathétique en soi, ça l’est encore plus qu’on y trouve de quoi se réjouir…
D’autant plus que toute cette histoire repose sur un malentendu grotesque. On voudrait faire de la France un grand pays exportateur, à l’image de l’Allemagne. C’est oublier que les Allemands doivent se serrer la ceinture pour rester compétitifs – en vain qui plus est, puisque la Chine leur a ravi la première place. Alors, à quoi bon s’épuiser à vendre à l’étranger ? Contrairement à ce que l’on croit, un déficit commercial n’est pas nécessairement un mal, par lui-même. (Je vous renvoie aux 39 leçons d’économie contemporaine de Philippe Simonnot, vingtième leçon.) Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la compétitivité des entreprises françaises est bridée et ça, c’est un vrai tort.
Et on connait parfaitement le coupable.
Commentaires
Bonjour Anton,
Pour corroborer vos dires (les déclarations d’Anne-Marie Idrac sont pathétiques et les réactions “critiques” de nos chers médias, “défenseurs de la démocratie”, risibles), il semble que l’avenir de ce pays et de son modèle social (celui que le monde entier nous envie) s’assombrisse quelque peu: http://www.jpchevallier.com/article…
Je me demande par quelle pirouette nos “élites” vont cette fois s’en sortir si cette crise va jusqu’au bout?