Coco­rico ! Le Coq gau­lois se dresse sur ses ergots, au som­met d’un beau tas de fumier, le torse bombé d’orgueil, pour annon­cer urbi et orbi sa grande per­for­mance : en 2009, le défi­cit com­mer­cial du pays fut de 43 mil­liards d’euros (seu­le­ment a-t-on envie d’ajou­ter), con­tre 55,4 mil­liards l’année pré­cé­dente !

Sans con­teste, pour un pays qui a pris l’habi­tude de se lamen­ter sur ses résul­tats com­mer­ciaux à l’étran­ger, avec, en sus, un gros com­plexe d’infé­rio­rité vis-à-vis de l’Alle­ma­gne, il y a de quoi pavoi­ser. Du moins en appa­rence.

Car lors­que l’on gratte un peu, c’est assez édi­fiant de voir de quoi les prin­ces qui nous gou­ver­nent se réjouis­sent, à l’exem­ple d’Anne-Marie Idrac, le secré­taire d’État au Com­merce exté­rieur.

En gros :
- les impor­ta­tions ont dimi­nué parce que les Fran­çais con­som­ment moins et parce que le cours du pétrole s’est cassé le nez,
- les expor­ta­tions ont reculé à cause de la mau­vaise con­jonc­ture inter­na­tio­nale, mais moins que chez nos con­cur­rents.

Déco­dons donc un peu tout cela.

Si les Fran­çais con­som­ment moins, c’est à cause de la crise, et cela révèle donc un situa­tion pour le moins morose, sinon fran­che­ment dif­fi­cile, pour de nom­breux ména­ges. Pas de quoi sau­ter de joie, en somme.

Si le cours du pétrole a chuté, la France n’y est pour rien, même si c’est une bonne nou­velle pour le porte-mon­naie de tout le monde, et il suf­fit qu’il remonte pour que les lamen­ta­tions api­toyées revien­nent aussi sec.

Ses con­cur­rents per­dent plus de parts de mar­ché que la France dans la con­jonc­ture pré­sente…, atten­dez la reprise et vous ver­rez ce que la France va pren­dre ! C’est exac­te­ment le même argu­ment foi­reux qu’on nous a sorti à pro­pos du modèle social fran­çais, au début de la crise, sous pré­texte que, en crise per­ma­nente depuis trente ans, la France avait été moins dure­ment frap­pée par celle des sub­pri­mes

Mais que vaut un pays qui fait (un peu) mieux que les autres uni­que­ment lors­que ceux-ci tré­bu­chent ? C’est pathé­ti­que en soi, ça l’est encore plus qu’on y trouve de quoi se réjouir…

D’autant plus que toute cette his­toire repose sur un malen­tendu gro­tes­que. On vou­drait faire de la France un grand pays expor­ta­teur, à l’image de l’Alle­ma­gne. C’est oublier que les Alle­mands doi­vent se ser­rer la cein­ture pour res­ter com­pé­ti­tifs – en vain qui plus est, puis­que la Chine leur a ravi la pre­mière place. Alors, à quoi bon s’épui­ser à ven­dre à l’étran­ger ? Con­trai­re­ment à ce que l’on croit, un défi­cit com­mer­cial n’est pas néces­sai­re­ment un mal, par lui-même. (Je vous ren­voie aux 39 leçons d’éco­no­mie con­tem­po­raine de Phi­lippe Simon­not, ving­tième leçon.) Ce qui est sûr, en revan­che, c’est que la com­pé­ti­ti­vité des entre­pri­ses fran­çai­ses est bri­dée et ça, c’est un vrai tort.

Et on con­nait par­fai­te­ment le cou­pa­ble.