Aujourd’hui, je me suis retrouvé chez le méde­cin. Comme celui-ci était en retard, comme c’est une affreuse habi­tude dans cette pro­fes­sion, et que je m’ennuyais ferme après avoir cor­rigé ma der­nière copie, je sai­sis un exem­plaire ancien du Point qui traî­nait sur une table.

Ancien car il remon­tait à novem­bre 2008. Mais très actuel car s’y trou­vait un édi­to­rial de Patrick Bes­son sur Obama. Or, nous venons de fêter le pre­mier anni­ver­saire de sa pré­sence à la Mai­son Blan­che…

Je ne résiste pas à l’envie de citer quel­ques pas­sa­ges de cet édi­to­rial, inti­tulé « Oba­marre », tant ils me sem­blent criant de vérité. Ça com­mence par un petit rap­pel bien senti sur l’incom­men­su­ra­ble supé­rio­rité morale des démo­crac­tes (j’ajou­te­rai des gens de gau­che en géné­ral) sur la reste (la lie, devrais-je dire) de l’huma­nité :

Les États-Unis ont un pré­si­dent noir, ce qui sem­ble faire oublier au monde qu’il est démo­crate. De ces démo­cra­tes qui ont atta­qué le Mexi­que et imposé la pro­hi­bi­tion sous Wil­son, envoyé les pre­miè­res bom­bes ato­mi­ques sur Hiro­shima et Naga­saki au temps de Tru­man, où ils ont éga­le­ment agressé la Corée et favo­risé la “chasse aux sor­ciè­res” du séna­teur McCar­thy, qui ont envahi puis boy­cotté Cuba sous Ken­nedy, com­mencé la guerre du Viet­nam sous Jonh­son, où ils sont aussi inter­ve­nus mili­tai­re­ment en Répu­bli­que domi­ni­caine, qui ont bom­bardé Bel­grade et Bag­dad sous Clin­ton, pré­si­dence au cours de laquelle ils ont de sur­croît laissé mas­sa­crer un mil­lion de Tut­sis au Rwanda (avril-juin 1994).

Voilà pour la bonne cons­cience. Bes­son con­ti­nue ensuite en dénon­çant l’affli­geante miè­vre­rie des oba­ma­nia­ques, qui voyaient en Barack une espèce de Mes­sie, dont le métis­sage allait de lui-même solu­tion­ner tous les pro­blè­mes de la pla­nète :

De l’avis géné­ral, Barack Obama règle­rait sous peu les pro­blè­mes des États-Unis puis, après un week-end à Camp David avec Michelle et les filles, ceux de toute la pla­nète au sous-déve­lop­pe­ment dura­ble. J’ai même lu, dans un grand quo­ti­dien du matin, sous la plume allè­gre d’un aca­dé­mi­cien fran­çais octo­gé­naire, que son élec­tion à la pré­si­dence des États-Unis venait de sup­pri­mer toute dis­cri­mi­na­tion raciale outre-Atlan­ti­que.

L’auteur pro­nos­ti­que l’échec final et iné­vi­ta­ble d’Obama. Lorsqu’on voit la ges­tion cala­mi­teuse de la crise des sub­pri­mes, entre autres dos­siers, on ne peut que se dire qu’effec­ti­ve­ment, Obama échouera. (Il y était con­damné de toute façon, par l’immen­sité des espoirs pla­cés en lui, car il est humai­ne­ment impos­si­ble de satis­faire des atten­tes aussi peu ration­nel­les et rai­son­na­bles, ses sou­tiens feront donc para­doxa­le­ment sa perte.)

Pour finir, je fais mien­nes ses paro­les de Patrick Bes­son : « On devrait pour­tant finir par com­pren­dre, avec l’expé­rience de la décep­tion, que les hom­mes poli­ti­ques sont des hom­mes, quelle que soit leur cou­leur. Et des poli­ti­ques. Pas des dieux ». Amen !