Il paraît que l’UMP a fait une très vilaine chose sur son site inter­net. Elle y a affi­ché une photo repré­sen­tant de jeu­nes gens noirs, de dos, avec pour titre : « Délin­quance des mineurs : en finir avec l’angé­lisme ». L’arti­cle cor­res­pon­dant est tou­jours dis­po­ni­ble.

L’émo­tion sem­ble avoir été grande, puis­que l’image a vite été reti­rée, rem­pla­cée par une autre bien plus con­sen­suelle : un blanc attra­pant une blan­che par der­rière… (Qui elle même a dis­paru fina­le­ment).

Il faut bien admet­tre que c’est mala­droit. Car c’est un peu réduc­teur de ne met­tre que des Noirs, étant donné qu’il y a aussi des Ara­bes parmi les jeu­nes délin­quants, et que Noirs et Ara­bes n’ont pas non plus le mono­pole de la délin­quance.

Néan­moins, et visi­ble­ment, il y a des lien qu’on se refuse tou­jours à faire. Il est pour­tant connu de tous que la délin­quance des mineurs se déve­loppe sur­tout dans les quar­tiers de relé­ga­tion où vivent en majo­rité les immi­grés récents et leurs des­cen­dants.

On ne pour­rait cepen­dant en déduire, sans tom­ber dans le ridi­cule, que ces jeu­nes sont délin­quants parce qu’ils sont Noirs ou Ara­bes. D’ailleurs, un docu­ment PDF rédigé par l’UMP, et accom­pa­gnant l’arti­cle, dit bien que « Le plus sou­vent, l’hyper­ac­ti­vité délin­quante est le fait d’un petit groupe, puis­que 5% des mineurs d’une com­mune sont en géné­ral res­pon­sa­bles de la majo­rité des délits qui y sont com­mis ». Dif­fi­cile d’y voir une asser­tion raciste – et qui­con­que cher­che­rait une once de racisme dans le reste du docu­ment pour­rait se lever tôt pour en trou­ver.

Il se trouve sim­ple­ment que, pour toute une série de rai­sons com­plexes, un grand nom­bre de jeu­nes délin­quants sont Noirs ou Ara­bes. Com­bien et dans quel­les pro­por­tions ? On ne le sait, parce que la Répu­bli­que, dans un grand élan de sagesse obs­cu­ran­tiste, inter­dit les sta­tis­ti­ques eth­ni­ques. Mais, quoiqu’il en soit, on ne voit pas pour­quoi on devrait s’inter­dire de l’évo­quer ou de le mon­trer.

Bref, much ado about nothing, une nou­velle fois. Une tor­na­dette dans un verre d’eau comme la France en a le secret et dont l’objec­tif est d’entre­te­nir la con­fu­sion des esprits.  C’est un peu comme tous ces cré­tins qui se bou­chent le nez en hur­lant aux déra­page à pro­pos du débat sur l’iden­tité natio­nale, sim­ple­ment parce que des idées qu’ils réprou­vent s’expri­ment. Curieuse vision de la liberté d’expres­sion, puis­que le but n’est pas tant d’expri­mer un désac­cord que d’essayer de cir­cons­crire auto­ri­tai­re­ment l’espace du débat par l’inti­mi­da­tion.