Peut-être avez-vous vu les affi­ches pour le pro­chain Dis­ney. Si c’est le cas, vous aurez cons­taté que l’héroïne… est noire.

Sin­cè­re­ment, cela m’a fait un choc. Un peu comme la pre­mière fois que je suis entrée dans une bou­lan­ge­rie tenue par un Arabe. Je suis resté un ins­tant inter­dit en me disant : Com­ment ? Ces gens-là tien­nent des bou­lan­ge­ries… ? Depuis, je m’en suis remis et la bou­lan­ge­rie où je vais régu­liè­re­ment ache­ter mon pain est elle aussi tenue par des Ara­bes – musul­mans de sur­croît.

Quand on dit Dis­ney, on pense à Blan­che-Neige, à Cen­drillon ou encore à la Belle et la Bête. Bref, de bel­les his­toi­res, sou­vent ins­pi­rées des con­tes tra­di­tion­nels de l’Europe. Donc, passe encore des ani­maux comme dans Robin des Bois, Les Aris­to­chats ou Le Roi lion, passe encore des êtres mi-humains mi-ani­maux, comme Ariel la petite sirène, mais une prin­cesse noire…

C’est mar­rant com­bien les ima­ges pré­con­çues infor­ment nos com­por­te­ments et notre res­senti. Pour­quoi, après tout, ne pas avoir une prin­cesse noire – pour­quoi, après tout, ne pas avoir de bou­lan­ger arabe ? Sur­tout lors­que l’his­toire se déroule à la Nou­velle-Orléans ? Cer­tains grin­cheux y ver­ront cer­tai­ne­ment l’expres­sion d’une metis­so­cra­tie infecte (parce que le prince-gre­nouille est blanc). Mais enfin, le métis­sage est aussi une réa­lité de nos socié­tés (moi qui suis métisse, je ne vais pas dire le con­traire), dès lors pour­quoi fau­drait-il faire comme s’il n’exis­tait pas ?

Bien entendu, une prin­cesse noire et un prince-gre­nouille blanc ne ren­dront pas ce Dis­ney meilleur qu’un autre. Et je ne pren­drais pas la peine d’aller le véri­fier par moi-même : cela fait belle lurette que j’ai décro­ché des Dis­ney.

Source :

Jean-Paul Chaillet, « Dis­ney intro­nise sa pre­mière prin­cesse noire », Le Figaro, 27/01/2010.