Figu­rez-vous, « en France, le niveau de dépen­ses publi­ques par habi­tant est de 16.500 euros. Ce chif­fre aug­mente de 500 à 600 euros par habi­tant cha­que année ». C’est Éric Woerth qui le dit. Alors, pen­sez-vous, il serait grand temps de se dire que, peut-être en fin de compte, depuis 35 ans que l’État cumule les det­tes, il est néces­saire de se pen­cher sérieu­se­ment sur la ques­tion…

Sur­tout qu’entre plan de relance et Grand Emprunt Bidule Chouette, il n’est plus guère urgent d’atten­dre. (Enfin, c’est juste assez amu­sant, le déca­lage entre ces préoc­cu­pa­tions nou­vel­les et la poli­ti­que réelle, qui con­siste à emprun­ter 188 mil­liards d’euros en 2010, après en avoir emprunté 165 mil­liards en 2009).

Alors on lor­gne sur le modèle alle­mand. Dans ce pays, la cons­ti­tu­tion enca­dre sévè­re­ment la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale. Ainsi, Ber­lin doit réduire son défi­cit à par­tir de 2011 de 10 mil­liards d’euros par an jusqu’en 2016. Là, il devra se limi­ter à 0,35% du PIB… Même Thierry Bre­ton, illus­tre devan­cier de Woerth aux Finan­ces, a récem­ment défendu ce modèle. Que ne l’a-t-il fait du temps qu’il gérait le por­te­feuille éta­ti­que ?

C’est assez étrange cette sou­daine pous­sée de fiè­vre. Car depuis le temps que la France fait du défi­cit et qu’on nous répète que la dette, voyez-vous, ça ne pose pas de pro­blème… tant qu’on trouve des prê­teurs, eh bien tout avait un petit air de nor­ma­lité. Cela aurait même été bizarre, voire incon­ve­nant, qu’on pré­sen­tât un bud­get équi­li­bré ! Il est vrai que, de loin en loin, quel­ques voix dis­cor­dan­tes et inquiè­tes se fai­saient enten­dre, pour dire que, quand même bon, il fau­drait s’inquié­ter, que la charge des inté­rêts pèse de plus en plus lourd, que les det­tes d’aujourd’hui sont les impôts de demain (mais pas cette fois-ci, jure-t-on en haut lieu), que tout cela met au jour les dys­fonc­tion­ne­ments de l’État, etc. Mais, tou­jours, ce vain tumulte retom­bait aussi rapi­de­ment qu’il ne s’était élevé.

Peut-on vrai­ment com­men­cer à croire que les récents excès sont l’aube radieuse d’une sagesse future ? Les poli­ti­ques céde­ront-ils aux admo­nes­ta­tions de l’agence Fitch ? J’aime­rais le croire, mais avec les zigo­tos qui nous gou­ver­nent, je pré­fère me méfier. En tout cas, il ris­que d’y avoir pas mal de sport… et de lar­mes.