Carnet n°41 - Comment appelle-t-on des peuples qui veulent vivre ensemble ?
Par Anton WAGNER le jeudi, 7 janvier 2010, 12:00 - Réflexion - Lien permanent
Place de la Nation à Paris.
Dans Le Parisien, Éric Besson a fait une déclaration des plus ahurissantes. Il a dit :
la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage
Moi, je me demande bien ce qu’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble si ce n’est… un peuple, justement. Sinon, ils ne veulent pas vivre ensemble, mais juxtaposés tout au plus.
Après tout, si on revient à la définition que Renan donne de la nation – vous savez, ce plébiscite de tous les jours – l’existence d’un peuple est quelque peu auto-réalisatrice. C’est-à-dire qu’un peuple n’existe vraiment qu’à partir du moment où ceux qui le composent déclarent qu’il existe et qu’ils lui appartiennent, quelles que soient par ailleurs les causes de ce sentiment.
Donc, plusieurs peuples qui veulent vivre ensemble, cela fait bel et bien un peuple, par le fait même qu’ils veulent vivre ensemble ; et lorsque ce peuple se dote de pouvoirs politiques, il forme une nation. La déclaration d’Éric Besson est parfaitement vide de sens !
À moins qu’il ait voulu singer l’incipit de L’Histoire de France, publiée en 1924 par Jacques Bainville. Une hypothèse pas si ridicule…, mais je vous laisse alors mesurer la différence de style :
Il y a probablement des centaines de siècles que l’Homme s’est répandu sur la terre. Au-delà de 2.500 ans, les origines de la France se perdent dans les conjectures et dans la nuit. Une vaste période ténébreuse précède notre histoire. Déjà, sur le sol de notre pays, des migrations et des conquêtes s’étaient succédé, jusqu’au moment où les Gaëls et Gaulois devinrent les maîtres, chassant les occupants qu’ils avaient trouvés ou se mêlant à eux. Ces occupants étaient les Ligures et les Ibères, bruns et de stature moyenne, qui constituent encore le fond de la population française. La tradition des druides enseignait qu’une partie des Gaulois était indigène, l’autre venue du Nord et d’outre-Rhin, car le Rhin a toujours paru la limite des Gaules. Ainsi, la fusion des races a commencé dès les âges préhistoriques. Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation.
Où l’on note insidieusement qu’à cette époque, certainement reculée et barbare, où Bainville écrit, on n’a guère de mal à considérer que plusieurs peuples, voire plusieurs races, qui se mélangent peuvent former… une nation. Par quelle magie cela serait-il devenu impossible ?
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