Place de la Nation à Paris.


Dans Le Pari­sien, Éric Bes­son a fait une décla­ra­tion des plus ahu­ris­san­tes. Il a dit :

la France n’est ni un peu­ple, ni une lan­gue, ni un ter­ri­toire, ni une reli­gion, c’est un con­glo­mé­rat de peu­ples qui veu­lent vivre ensem­ble. Il n’y a pas de Fran­çais de sou­che, il n’y a qu’une France de métis­sage

Moi, je me demande bien ce qu’est un con­glo­mé­rat de peu­ples qui veu­lent vivre ensem­ble si ce n’est… un peu­ple, jus­te­ment. Sinon, ils ne veu­lent pas vivre ensem­ble, mais jux­ta­po­sés tout au plus.

Après tout, si on revient à la défi­ni­tion que Renan donne de la nation – vous savez, ce plé­bis­cite de tous les jours – l’exis­tence d’un peu­ple est quel­que peu auto-réa­li­sa­trice. C’est-à-dire qu’un peu­ple n’existe vrai­ment qu’à par­tir du moment où ceux qui le com­po­sent décla­rent qu’il existe et qu’ils lui appar­tien­nent, quel­les que soient par ailleurs les cau­ses de ce sen­ti­ment.

Donc, plu­sieurs peu­ples qui veu­lent vivre ensem­ble, cela fait bel et bien un peu­ple, par le fait même qu’ils veu­lent vivre ensem­ble ; et lors­que ce peu­ple se dote de pou­voirs poli­ti­ques, il forme une nation. La décla­ra­tion d’Éric Bes­son est par­fai­te­ment vide de sens !

À moins qu’il ait voulu sin­ger l’inci­pit de L’His­toire de France, publiée en 1924 par Jac­ques Bain­ville. Une hypo­thèse pas si ridi­cule…, mais je vous laisse alors mesu­rer la dif­fé­rence de style :

Il y a pro­ba­ble­ment des cen­tai­nes de siè­cles que l’Homme s’est répandu sur la terre. Au-delà de 2.500 ans, les ori­gi­nes de la France se per­dent dans les con­jec­tu­res et dans la nuit. Une vaste période téné­breuse pré­cède notre his­toire. Déjà, sur le sol de notre pays, des migra­tions et des con­quê­tes s’étaient suc­cédé, jusqu’au moment où les Gaëls et Gau­lois devin­rent les maî­tres, chas­sant les occu­pants qu’ils avaient trou­vés ou se mêlant à eux. Ces occu­pants étaient les Ligu­res et les Ibè­res, bruns et de sta­ture moyenne, qui cons­ti­tuent encore le fond de la popu­la­tion fran­çaise. La tra­di­tion des drui­des ensei­gnait qu’une par­tie des Gau­lois était indi­gène, l’autre venue du Nord et d’outre-Rhin, car le Rhin a tou­jours paru la limite des Gau­les. Ainsi, la fusion des races a com­mencé dès les âges pré­his­to­ri­ques. Le peu­ple fran­çais est un com­posé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation.

Où l’on note insi­dieu­se­ment qu’à cette épo­que, cer­tai­ne­ment recu­lée et bar­bare, où Bain­ville écrit, on n’a guère de mal à con­si­dé­rer que plu­sieurs peu­ples, voire plu­sieurs races, qui se mélan­gent peu­vent for­mer… une nation. Par quelle magie cela serait-il devenu impos­si­ble ?