Valéry Pécresse exhorte les gran­des éco­les à accep­ter 30% d’élè­ves bour­siers. « N’ayez pas peur » leur a-t-elle dit… Mais voilà, la Con­fé­rence des Gran­des Éco­les s’y refuse caté­go­ri­que­ment : « L’admis­sion dans les gran­des éco­les est basée sur le mérite. […] Toute autre poli­ti­que amè­ne­rait iné­vi­ta­ble­ment d’une part la baisse du niveau moyen, d’autre part l’iden­ti­fi­ca­tion par les employeurs, parmi les pro­fils de sor­tie, que tou­tes les voies d’accès dans la même école ne se valent pas »

Cette réponse fait fré­mir de rage le patron de Science Po Paris, Richard Des­coings, qui la juge car­ré­ment « anti­so­ciale dans toute sa fran­chise » (allez com­pren­dre : est-ce à dire qu’il est plus social d’être hypo­crite ?) et Yazid Sabeg, qui sem­ble y voir une insulte aux pau­vres que l’on con­si­dé­re­rait comme un dan­ger pour le niveau sco­laire des gran­des éco­les…Yazid Sabeg pour­suit en disant que les gran­des éco­les sont sou­mi­ses aux orien­ta­tions poli­ti­ques pri­ses par le pou­voir. Or, parmi ces orien­ta­tions, il y a l’ouver­ture sociale, donc…

Moi j’ai plu­tôt envie de répon­dre que les gran­des éco­les (comme les uni­ver­si­tés d’ailleurs) devraient res­ter libres de recru­ter comme elles le sou­hai­tent – ce qui, il est vrai, devrait impli­quer la sup­pres­sion de toute forme de sub­ven­tion. Au lieu de les fus­ti­ger pour leur pré­tendu égoïsme, on ferait bien mieux de réflé­chir à ce qu’on sou­haite leur impo­ser.

Le but d’une grande école n’est pas de cor­ri­ger les injus­ti­ces socia­les. Son but est de dis­pen­ser une for­ma­tion de haut niveau cen­sée répon­dre aux besoins des entre­pri­ses. Toute ins­ti­tu­tion a un rôle dont on ne doit pas l’obli­ger à sor­tir si on veut qu’elle le joue cor­rec­te­ment. Si l’on sou­haite que des étu­diants issus des clas­ses popu­lai­res accè­dent à ces for­ma­tions, très bien. Mais alors qu’on les mette à niveau. Sur­tout, qu’on réforme enfin le sys­tème sco­laire pour le ren­dre effi­cace. Qu’on ne leur réserve pas des pla­ces tou­tes prê­tes, ce qui serait une injus­tice pour les autres.

Car Valéry Pécresse à beau jeu de dire qu’elle ne cher­che pas à impo­ser des quo­tas. Pour­quoi, dès lors, fixer un objec­tif, qui plus est très pré­cis de 30% ? Cela ne porte pas le nom de quota, mais en a bien l’odeur, la saveur et l’appa­rence… L’hypo­cri­sie appa­raît d’ailleurs au grand jour lors­que l’on sait que, pour obli­ger les gran­des éco­les à faire davan­tage d’efforts, un comité minis­té­riel a lancé une mis­sion sur « la dis­cri­mi­na­tion sociale lors de l’accès aux con­cours des gran­des éco­les », pour en modi­fier, si néces­saire, l’orga­ni­sa­tion dès 2011.

On a bien com­pris que la notion de quota était trop polé­mi­que pour s’appli­quer faci­le­ment. Qu’à cela ne tienne, on trouve tou­jours des moyens détour­nés d’agir…

Voir :
- Marie Bart­nik, « Les gran­des éco­les refu­sent les quo­tas de bour­siers », 05/01/10, Le Figaro.
- Rédac­tion en ligne, « Valé­rie Pécresse encou­rage les gran­des éco­les à “l’ouver­ture sociale” », 05/01/10, Le Point.
- Jamila Aridj, « Quo­tas d’élè­ves bour­siers : les gran­des éco­les oppo­sées », 05/01/10, Le Figaro.