Carnet n°40 - L'égoïsme des grandes écoles
Par Anton WAGNER le mercredi, 6 janvier 2010, 12:00 - Politique - Lien permanent
Valéry Pécresse exhorte les grandes écoles à accepter 30% d’élèves boursiers. « N’ayez pas peur » leur a-t-elle dit… Mais voilà, la Conférence des Grandes Écoles s’y refuse catégoriquement : « L’admission dans les grandes écoles est basée sur le mérite. […] Toute autre politique amènerait inévitablement d’une part la baisse du niveau moyen, d’autre part l’identification par les employeurs, parmi les profils de sortie, que toutes les voies d’accès dans la même école ne se valent pas »
Cette réponse fait frémir de rage le patron de Science Po Paris, Richard Descoings, qui la juge carrément « antisociale dans toute sa franchise » (allez comprendre : est-ce à dire qu’il est plus social d’être hypocrite ?) et Yazid Sabeg, qui semble y voir une insulte aux pauvres que l’on considérerait comme un danger pour le niveau scolaire des grandes écoles…Yazid Sabeg poursuit en disant que les grandes écoles sont soumises aux orientations politiques prises par le pouvoir. Or, parmi ces orientations, il y a l’ouverture sociale, donc…
Moi j’ai plutôt envie de répondre que les grandes écoles (comme les universités d’ailleurs) devraient rester libres de recruter comme elles le souhaitent – ce qui, il est vrai, devrait impliquer la suppression de toute forme de subvention. Au lieu de les fustiger pour leur prétendu égoïsme, on ferait bien mieux de réfléchir à ce qu’on souhaite leur imposer.
Le but d’une grande école n’est pas de corriger les injustices sociales. Son but est de dispenser une formation de haut niveau censée répondre aux besoins des entreprises. Toute institution a un rôle dont on ne doit pas l’obliger à sortir si on veut qu’elle le joue correctement. Si l’on souhaite que des étudiants issus des classes populaires accèdent à ces formations, très bien. Mais alors qu’on les mette à niveau. Surtout, qu’on réforme enfin le système scolaire pour le rendre efficace. Qu’on ne leur réserve pas des places toutes prêtes, ce qui serait une injustice pour les autres.
Car Valéry Pécresse à beau jeu de dire qu’elle ne cherche pas à imposer des quotas. Pourquoi, dès lors, fixer un objectif, qui plus est très précis de 30% ? Cela ne porte pas le nom de quota, mais en a bien l’odeur, la saveur et l’apparence… L’hypocrisie apparaît d’ailleurs au grand jour lorsque l’on sait que, pour obliger les grandes écoles à faire davantage d’efforts, un comité ministériel a lancé une mission sur « la discrimination sociale lors de l’accès aux concours des grandes écoles », pour en modifier, si nécessaire, l’organisation dès 2011.
On a bien compris que la notion de quota était trop polémique pour s’appliquer facilement. Qu’à cela ne tienne, on trouve toujours des moyens détournés d’agir…
Voir :
- Marie Bartnik, « Les grandes écoles refusent les quotas de boursiers », 05/01/10, Le Figaro.
- Rédaction en ligne, « Valérie Pécresse encourage les grandes écoles à “l’ouverture sociale” », 05/01/10, Le Point.
- Jamila Aridj, « Quotas d’élèves boursiers : les grandes écoles opposées », 05/01/10, Le Figaro.
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