Carnet n°39 - La fausse bonne idée du protectionnisme
Par Anton WAGNER le mardi, 5 janvier 2010, 10:11 - Economie - Lien permanent
Ces temps de crises font resurgir avec plus de force encore les appels à l’instauration de barrières douanières. On croit pouvoir se prémunir des turbulences du monde en se repliant sur soi… C’est une parfaite chimère, qui repose sur une vision éborgnée de la réalité.
Le public, en effet, est sensible aux destructions d’emplois imputables à la mondialisation et aux délocalisations. Rien d’étonnant compte-tenu du battage médiatique qui est fait autour de chaque fermeture d’usine ou de chaque plan de licenciements. En revanche, les emplois créés grâce à la mondialisation passent pratiquement inaperçus, ensevelis sous l’épaisseur d’un silence assourdissant.
Ce qu’on voit, ce qu’on ne voit pas, en somme… C’est le bon vieux mirage qui trompe tant de gens, y compris des plus excellents, comme le montre Vincent Bénard à propos de Paul Krugman (un billet que je vous recommande chaudement).
J’ajouterai seulement quelques rappels pour enfoncer le clou.
1° Les délocalisations ne représentent qu’une faible part des destructions d’emploi dans les pays développés. En France, par exemple, une étude de l’INSEE pour la période 1995-2001 a établi que 13 500 emplois avaient été délocalisés (dont la moitié vers des pays à hauts salaires), une goute d’eau dans les 6,8 millions d’emplois du secteur secondaire. Aux États-Unis, chaque année, environ 13 millions d’emplois sont détruits au total (alors que, dans le même temps 14 à 15 millions d’emplois sont créés, pour un total d’environ 140 millions d’emplois). Parmi eux, seules 406 000 destructions sont imputables à la sous-traitance à l’étranger (voir, à ce sujet, l’excellent livre de Suzanne Berger, Made in Monde, p. 128 de l’édition poche).
2° Contrairement à ce que l’on croit, les bas salaires ne sont pas aussi déterminants dans le choix de délocalisation des entreprises. En effet, dans le prix de revient d’un produit, les salaires peuvent représenter une assez faible part. Je vous renvoie ici également au livre de Suzanne Berger. En réalité, les entreprises investissent à l’étranger surtout dans le but de s’ouvrir de nouveaux marchés (et quelquefois pour contourner des barrières protectionnistes…).
3° Réduire les importations en provenances de pays à bas salaires paraît séduisant, mais fait oublier que cela affaiblirait le pouvoir d’achat des consommateurs dans les pays riches. En d’autres termes, cela les appauvriraient. Une étude de Natixis, datée de 2007, a montré que ces importations réduisaient le niveau des prix de 4 points d’inflation dans les pays riches… Gary Hufbauer et Kimberly Ann Elliott, deux économistes états-uniens, ont calculé que sauver un emploi aux États-Unis pendant un an coûtait trois fois la rémunération annuelle de l’emploi sauvé. Avec, évidemment, un surcoût pour le consommateur, évalué par eux entre 15 et 70 millions de dollars par an. D’autres études corroborent cette réalité. Pour tout cela, je vous dirige vers Franck Dedieu et Emmanuel Lechypre, 101 idées reçues sur l’économie, idée reçue numéro 12.
On pourrait multiplié les exemples. La morale, c’est qu’il faut se défier des raisonnements trop simplistes en économie et ne pas céder au sirènes du populisme facile. Il suffit d’entendre Zemmour lorsqu’il en appelle au protectionnisme ; combien de fois l’ai-je entendu dire que la crise était provoquée par la mondialisation… Il est pourtant clair qu’elle provient simplement d’une bulle immobilière ayant éclaté, mais à quoi bon les faits si l’actualité permet de défendre n’importe quel agenda politique !
Commentaires
Hello!
Voir ceci : http://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%…
Il existe quelques articles sur Wikibéral où nous développons de tels thématiques!
A plys