25 juin 1876. Non loin de la rivière Lit­tle Bighorn, dans le Mon­tana, des dizai­nes de sol­dats, des tuni­ques bleues, bles­sés ou tré­pas­sés, jon­chent le sol. La force du nom­bre et un ter­rain peu pro­pice à la cava­le­rie démon­tée eurent rai­son du Cus­ter’s Last Stand (la der­nière résis­tance de Cus­ter), Cus­ter lui-même, qui com­man­dait la troupe, ayant trouvé la mort.

Lit­tle Big Horn est la der­nière grande vic­toire des indiens con­tre l’armée des États-Unis. Quel­ques 14 ans plus tard, en effet, lors du mas­sa­cre de Woun­ded Knee Creek, les sol­dats états-uniens devaient tirer une ter­ri­ble revan­che de la raclée de 1876…

Der­niè­re­ment, je suis allé voir Ava­tar, le petit der­nier de James Came­ron. Tout le long du film, je ne pus m’empê­cher d’y voir une recons­ti­tu­tion futu­riste de la bataille de Lit­tle Big Horn. (Si vous n’avez pas vu le film, il est sans doute pré­fé­ra­ble de ne pas lire ce qui suit.)

Les pro­ta­go­nis­tes sont fina­le­ment les mêmes : l’armée des États-unis d’une part, sous les traits de Mari­nes dans le film, et des tri­bus pri­mi­ti­ves d’autres part. Le dérou­le­ment des évè­ne­ments est aussi iden­ti­que. On avait trouvé de l’or dans le Mon­tana, ce qui avait pro­vo­qué l’arri­vée mas­sive de pion­niers ; dans Ava­tar, c’est aussi un gise­ment pré­cieux qui jus­ti­fie la pré­sence humaine. Si les indiens résis­tè­rent, c’étaient parce que les cher­cheurs d’or vio­laient leur terre sacrée, les Blacks Hills, d’où le gou­ver­ne­ment vou­lait les délo­ger. Dans Ava­tar éga­le­ment, il s’agit de chas­ser les indi­gè­nes de l’Arbre-mai­son, puis de détruit leur sanc­tuaire le plus sacré afin d’anéan­tir chez eux tout vel­léité de résis­tance. L’issue de la lutte, enfin, est la même dans les deux cas.

Quoi qu’il en soit de ce rap­pro­che­ment, Ava­tar est un film esthé­ti­que­ment très réussi. L’ima­gi­na­tion qui pré­sida à la créa­tion d’une faune et d’une flore aussi luxu­rian­tes que variées est épous­tou­flante tant de créa­ti­vité que d’ingé­nio­sité. Je regrette tou­te­fois quel­ques hol­ly­woo­dis­mes qui bri­sent par­tiel­le­ment le charme de l’ensem­ble. La figure du colo­nel Miles Qua­ritch, par exem­ple, est un peu trop cari­ca­tu­rale et la fin du film vrai­ment trop opti­miste pour être cré­di­ble : croit-on que les hom­mes renon­ce­ront aussi sim­ple­ment à un mine­rai si pré­cieux ?

Ava­tar est aussi un film bien de son épo­que. Ainsi l’idée de faire de l’éco­sys­tème de Pan­dora un espèce de réseau géant, auquel les indi­gè­nes se con­nec­tent comme on con­nec­te­rait un ordi­na­teur à inter­net… Et puis, bien évi­de­ment, cet ode à la nature n’est pas sans faire écho aux préoc­cu­pa­tions éco­lo­gi­ques du moment. Car on voit bien ce qui s’oppose : des hom­mes, pré­da­teurs et bor­nés, qui détrui­sent tout à l’aide de leur gros­ses machi­nes de guerre au bilan car­bone désas­treux, et des indi­gè­nes moins avan­cés mais qui vivent en sym­biose avec leur envi­ron­ne­ment natu­rel et qui ont été créés sur un modèle mélan­geant cul­ture indienne et afri­caine.

Je n’ai rien con­tre les préoc­cu­pa­tions éco­lo­gi­ques, mais c’est un peu lourd dans le film, quand même…

Bref, je ne regrette mal­gré tout pas de l’avoir vu. En revan­che, je n’ai pas trouvé que la 3D appor­tait réel­le­ment un plus !