Carnet n°35 - Vous reprendrez bien du petit-suisse ?
Par Anton WAGNER le mercredi, 2 décembre 2009, 19:07 - Actualité - Lien permanent
Que dire à propos de l’affaire de minarite aigüe qui agite la Suisse et, par onde de choc, la France et le reste de l’Europe ? Je commencerai en disant qu’il faut savoir raison garder et restituer les choses dans leur juste proportion.
D’abord, il ne s’agit que de l’interdiction de la construction de minarets supplémentaires ; il n’est pas prévu de démolir les quatre déjà existants, du moins je n’ai rien appris de cette sorte. Il ne s’agit pas davantage d’interdire les mosquées et l’islam. C’est certes une atteinte à la liberté de conscience, mais ce n’est qu’un coup de canif et non un massacre à la tronçonneuse. Les cries d’orfraies et les lamentations pénibles sur le retour des heures les plus sombres de notre histoire seraient plus que malvenus.
Ensuite, et je suis las de le lire et de l’entendre sans arrêt, ce ne sont pas 57,5% des Suisses qui ont voulu l’interdiction de nouveaux minarets : ce sont 57,5% des suffrages exprimés. Ce qui oblige à viser le taux de participation, qui ne fut que de 50%. En résumé nous avons : plus du demi de la moitié du corps électoral s’est prononcé pour l’arrêt de la construction de minarets. Autrement calculé : plus du quart des citoyens suisses a voté contre la poursuite de l’érection de minarets dans leur pays. Vingt-cinq et quelques pourcents, c’est loin d’être un tsunami d’islamophobie…
En passant, cela explique fort aisément le décalage entre les sondages d’avant vote et les résultats du referendum. J’ose imaginer que de nombreux Suisses ne sont pas allés voter car ils étaient persuadés, comme on le leur avait seriné, que la proposition de l’UDC serait rejetée. Si c’est bien ce qui s’est passé, alors le poids des anti-minarets s’en est mécaniquement trouvée renforcée dans le suffrage.
On aura beau jeu de dénoncer l’hypocrisie d’une certaine élite bien-pensante (même si le terme est terriblement galvaudé et que l’on est, toujours, le bien-pensant de quelqu’un) pour qui la démocratie ne vaut que lorsqu’elle donne les résultats qui lui conviennent. Pour ces gens-là, la démocratie n’est pas l’expression de la majorité, mais un moyen de faire confirmer par la populace les idées brillantes de l’avant-garde. Beau dévoiement…
Cela étant posé, que dire du résultat lui-même ?
A mon humble avis, c’est une mauvaise chose. Je me demande vraiment en quoi interdire les minarets empêcherait les barbus de vitupérer contre l’Occident infidèle du haut de leur minbar ni d’ourdir leurs noirs complots d’islamisation universelle… Sur François Desouche, j’ai écouté un débat avec Yvan Rioufol : pour lui, les minarets sont le symbole conquérant d’un islam politique extrémiste. C’est proprement ridicule ! Je crains aussi que pareil fait ne rende plus difficile encore la position des musulmans éclairés qui engagent la lutte intellectuelle contre les intégristes.
Deux enseignements peuvent être tirés de cette histoire.
En premier lieu que la démocratie c’est de la merde en barre. Car elle ne garantit en rien la protection des droits individuels et que le sort des minorités n’est pas certain – or cela seul compte. Ici, nous avons bien une minorité qui vient d’amputer une minorité encore plus petite d’une fraction de ses droits légitimes (même si, je le répète, nous ne vivons pas une nouvelle nuit de Cristal). Au moins cette affaire rappelle-t-elle opportunément que la démocratie est le droit universel accordé à tous de se mêler de l’assiette du voisin. Que pouvait-on attendre d’un système aussi immoralement vicieux ?
En second lieu, à force de vouloir nier le passé, voilà qu’il fait un beau retour de boomerang. Ainsi, dans le débat avec Rioufol, Anthony Bellanger, son contradicteur, dit que l’Europe n’est pas un creuset chrétien et que c’est pour cela que la Constitution européenne ne parle pas du christianisme. Ce n’est pas choquant si l’on veut faire de l’Union européenne une institution laïque (la constitution de 1958, celle notre présente république, n’évoque par la religion chrétienne…). Mais ça l’est dans une perspective historique : longtemps, en effet, Europe et Chrétienté se confondirent. Tant de siècles passés ont forgé des traditions, des habitudes, bref une identité. Mais certains bien-pensants font mine qu’une telle identité n’existe pas ou qu’elle serait une abomination à extirper si elle existait. Problème : on ne façonne pas à sa guise les masses humaines mises en branle par des siècles d’histoire (à moins de s’appeler, par exemple, Staline, mais je doute que beaucoup revendiquent la parenté). C’est comme cela et on peut le déplorer, mais c’est ainsi que vont les choses.
D’abord, il ne s’agit que de l’interdiction de la construction de minarets supplémentaires ; il n’est pas prévu de démolir les quatre déjà existants, du moins je n’ai rien appris de cette sorte. Il ne s’agit pas davantage d’interdire les mosquées et l’islam. C’est certes une atteinte à la liberté de conscience, mais ce n’est qu’un coup de canif et non un massacre à la tronçonneuse. Les cries d’orfraies et les lamentations pénibles sur le retour des heures les plus sombres de notre histoire seraient plus que malvenus.
Ensuite, et je suis las de le lire et de l’entendre sans arrêt, ce ne sont pas 57,5% des Suisses qui ont voulu l’interdiction de nouveaux minarets : ce sont 57,5% des suffrages exprimés. Ce qui oblige à viser le taux de participation, qui ne fut que de 50%. En résumé nous avons : plus du demi de la moitié du corps électoral s’est prononcé pour l’arrêt de la construction de minarets. Autrement calculé : plus du quart des citoyens suisses a voté contre la poursuite de l’érection de minarets dans leur pays. Vingt-cinq et quelques pourcents, c’est loin d’être un tsunami d’islamophobie…
En passant, cela explique fort aisément le décalage entre les sondages d’avant vote et les résultats du referendum. J’ose imaginer que de nombreux Suisses ne sont pas allés voter car ils étaient persuadés, comme on le leur avait seriné, que la proposition de l’UDC serait rejetée. Si c’est bien ce qui s’est passé, alors le poids des anti-minarets s’en est mécaniquement trouvée renforcée dans le suffrage.
On aura beau jeu de dénoncer l’hypocrisie d’une certaine élite bien-pensante (même si le terme est terriblement galvaudé et que l’on est, toujours, le bien-pensant de quelqu’un) pour qui la démocratie ne vaut que lorsqu’elle donne les résultats qui lui conviennent. Pour ces gens-là, la démocratie n’est pas l’expression de la majorité, mais un moyen de faire confirmer par la populace les idées brillantes de l’avant-garde. Beau dévoiement…
Cela étant posé, que dire du résultat lui-même ?
A mon humble avis, c’est une mauvaise chose. Je me demande vraiment en quoi interdire les minarets empêcherait les barbus de vitupérer contre l’Occident infidèle du haut de leur minbar ni d’ourdir leurs noirs complots d’islamisation universelle… Sur François Desouche, j’ai écouté un débat avec Yvan Rioufol : pour lui, les minarets sont le symbole conquérant d’un islam politique extrémiste. C’est proprement ridicule ! Je crains aussi que pareil fait ne rende plus difficile encore la position des musulmans éclairés qui engagent la lutte intellectuelle contre les intégristes.
Deux enseignements peuvent être tirés de cette histoire.
En premier lieu que la démocratie c’est de la merde en barre. Car elle ne garantit en rien la protection des droits individuels et que le sort des minorités n’est pas certain – or cela seul compte. Ici, nous avons bien une minorité qui vient d’amputer une minorité encore plus petite d’une fraction de ses droits légitimes (même si, je le répète, nous ne vivons pas une nouvelle nuit de Cristal). Au moins cette affaire rappelle-t-elle opportunément que la démocratie est le droit universel accordé à tous de se mêler de l’assiette du voisin. Que pouvait-on attendre d’un système aussi immoralement vicieux ?
En second lieu, à force de vouloir nier le passé, voilà qu’il fait un beau retour de boomerang. Ainsi, dans le débat avec Rioufol, Anthony Bellanger, son contradicteur, dit que l’Europe n’est pas un creuset chrétien et que c’est pour cela que la Constitution européenne ne parle pas du christianisme. Ce n’est pas choquant si l’on veut faire de l’Union européenne une institution laïque (la constitution de 1958, celle notre présente république, n’évoque par la religion chrétienne…). Mais ça l’est dans une perspective historique : longtemps, en effet, Europe et Chrétienté se confondirent. Tant de siècles passés ont forgé des traditions, des habitudes, bref une identité. Mais certains bien-pensants font mine qu’une telle identité n’existe pas ou qu’elle serait une abomination à extirper si elle existait. Problème : on ne façonne pas à sa guise les masses humaines mises en branle par des siècles d’histoire (à moins de s’appeler, par exemple, Staline, mais je doute que beaucoup revendiquent la parenté). C’est comme cela et on peut le déplorer, mais c’est ainsi que vont les choses.
Commentaires
Quand je tombe sur un blog libéral, j’hésite toujours entre consternation et fou rire… Voici qu’on nous explique avec finesse que la démocratie “c’est de la merde en barre” avec comme argument massue que “nous avons bien une minorité qui vient d’amputer une minorité encore plus petite d’une fraction de ses droits légitimes.”. Bref M. Anton Wagner a sa définition de ce qu’il considère comme un “droit légitime” et voudrait bien que les Suisses la respectent…
Problème ! Une partie non négligeable de la population n’a pas la même définition de ce qu’est un “droit légitime”. Solution ? (a) Tout le monde ferme sa gueule et on applique la définition de M. Wagner, alias Big Brother alias Dieu. (b) On discute et on vote.
La solution (b) est très imparfaite: la majorité n’a pas toujours raison. Heureusement, la solution (a) est parfaite, car les libéraux ont toujours raison (c’est un axiome).
@mdr :
J’ai longuement hésité à répondre à votre commentaire, tant son ironique agressivité n’égale que son simplisme. Ne retenir du billet que la saillie sur la démocratie, c’est pour le moins ridicule…
Je vais néanmoins le faire parce qu’il est amusant de se faire traiter d’intolérant par un intolérant plus grand encore. Car je ne vois pas en quoi je devrais m’accorder avec la votation suisse au prétexte qu’elle est démocratique. Je ne vois pas pourquoi je devrais m’interdire de critiquer la démocratie en tant que telle. Je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit de définir ce qui, à mes yeux, me semble le plus important (en l’occurrence la défense des droits individuels). Car je devrais tout bonnement m’interdire ce que vous faites vous-même, pour forger vos propres opinions, mais que vous semblez bizarrement ne pouvoir accepter que les autres fassent.
Cela en dit long sur vos haines idéologiques et sur votre aptitude au débat.
Votre attaque contre le libéralisme est d’une grande bêtise : beaucoup de libéraux sont démocrates ; ce qui signifie aussi que l’opinion exprimée sur ce blog ne se prétend pas incarner la pensée libérale (en fait, ce blog ne prétend incarner que l’opinion de son propriétaire, diantre !). Votre emballement, encore, montre long sur vos haines idéologiques et sur votre aptitude au débat.
Quant aux attaques que vous faites contre ma personne, insinuant que je suis un fat bouffi d’orgueil, je vous ferai remarquer qu’il est normal que je pense avoir raison (sinon cela voudrait dire que je dis, écris et pense volontairement des choses erronées…). Sachez, pour finir, que je ne me prends ni pour Big Brother (la blague !), ni pour Dieu, que je me contente de publier de rares réflexions toutes personnelles sur l’actualité, sous un angle certes libéral, et au moyen banal d’un blog très certainement déserté par les lecteurs. Vous le voyez, beaucoup d’humilité et bien peu de prétentions dans tout cela.
Vous en revanche, je ne sais trop pour quel chevalier blanc vous vous prenez, à vous montrer aussi mauvais, moqueur et agressif.
Mais je vous remercie de votre commentaire, car il me fait sentir à quel point je suis finalement, moi l’anti-démocrate, mille fois plus démocrate que vous !
@mdr
Désolé, mais Mr Wagner a raison à propos de la démocratie, c’est le pire des régimes à l’exception d’aucun autre. Ce n’est pas pas la démocratie ni au législateur de régler un problème de voisinage, car ce n’est que cela finalement, mais à un tribunal. Si des musulmans habitant à Berne veulent ériger un minaret, en quoi ça concerne les habitants de Zurich ou de Genève ? En rien du tout.
@Théo31 :
Il est vrai que la démocratie donne à chacun le droit de se mêler de l’assiette du voisin… En cela, elle peut se révéler contraire au respect des droits individuels. C’est une vraie question, du moins pour tous ceux qui accordent une once d’importance aux dits droits individuels…
Bonjour, vous êtes bien brave de répondre à ces neuneus (ce soi-disant MDR) qui ne comprennent même pas ce qu’ils lisent… et répondent donc n’importe quoi ! Je suis tombé par hasard sur votre blog et l’ai mis dans mes favoris, car un membre de l’educnat qui n’est pas socialo, c’est rare ! Quant à la démocratie, malheureusement, le texte de Hoppe (Down With Democracy, http://www.lewrockwell.com/hoppe/ho…)
reste plus que jamais pertinent !
@Vincent :
Bienvenue, Vincent, sur ce modeste blog !
Le texte de Hoppe est intéressant, même si l’on peut discerner quelques propos contestables (par exemple attraper le sida n’est jamais drôle, même si vous recevez des aides de l’État pour survivre, en sorte que ces aides ne me semblent pas vraiment de nature à augmenter le nombre de sidéens). En tout cas, il a le mérite d’insister sur la dimension immorale de la démocratie.
Sinon, amusante cette association entre badminton et gastronomie, avec une touche, visiblement, de libéralisme… !