Carnets libéraux

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dimanche, 2 mai 2010

Carnet n°63 - Ces absurdités bien intentionnées...


Je me suis exprimé con­tre une loi inter­di­sant le port du voile inté­gral. D’une part, il me sem­blait néces­saire de res­pec­ter les croyan­ces des uns et des autres, y com­pris lorsqu’elles nous parais­saient absur­des, tant qu’aucune vio­lence ou menace n’était démon­tra­ble. D’autre part, je sen­tais les fon­de­ments légaux de cette inter­dic­tion bien fra­gi­les, je me disais qu’il n’était pas bon de plier le droit à des objec­tifs poli­ti­ques, aussi loua­bles soient-ils, et que, fina­le­ment, pour “pro­té­ger” le droit on allait vio­ler aussi le droit…

Lisez ce billet de maî­tre Éolas. Je suis heu­reux de cons­ta­ter que ce que je pen­sais n’était par com­plè­te­ment far­felu. Mais je ne croyais pas que l’avant-pro­jet de loi pous­se­rait l’absurde aussi loin !

Maî­tre Éolas en relève les inco­hé­ren­ces, et la liste est lon­gue : il ne res­pecte pas les hié­rar­chies des nor­mes, pré­vue dans la cons­ti­tu­tion ; il ins­taure un nou­veau con­cept, celui d’espace public, qu’il ne défi­nit pas ; il punit les fem­mes inté­gra­le­ment voi­lées alors qu’on les dit vic­ti­mes de con­train­tes (on ajoute ensuite que le loi doit défen­dre les fai­bles…) ; il viole la laï­cité qu’il pré­tend pro­té­ger, en effet un homme ne peut abu­ser de son auto­rité sur une femme car les deux sont léga­le­ment égaux, l’auto­rité morale con­fé­rée par des croyan­ces reli­gieu­ses n’est pas une auto­rité légale et ne peut donc être prise en compte ; last but not least, il s’ajoute à des lois déjà exis­tan­tes qui punis­sent les vio­len­ces, et la menace de com­met­tre des vio­len­ces, con­tre son épouse, son amante, bref.

Or, sur ce der­nier point, on atteint le com­ble de l’absur­dité. Les sanc­tions que l’avant-pro­jet de loi pré­voit à l’encon­tre du celui ou celle qui, par des vio­len­ces ou par la menace de vio­len­ces, force une femme à se voi­ler sont bien moins sévè­res que les sanc­tions pré­vues par les lois déjà exis­tan­tes, qui ne con­cer­nent pour­tant pas spé­cia­le­ment le voile inté­gral… Vous lisez bien. Ce qui ins­pire à maî­tre Éolas ce com­men­taire : « le fait de bat­tre sa femme ou de la mena­cer de mort pour qu’elle porte la burqa sera moins sévè­re­ment réprimé que si c’était parce que le cous­cous a été fait avec du pou­let ». Je vous laisse lire son billet pour davan­tage de détails. (Vous pou­vez aussi lire deux autres de ses billets sur le sujet, ici et ici, vous ver­rez, c’est tout aussi édi­fiant…)

Il ne s’agit, pour l’ins­tant, que d’un avant-pro­jet de loi. Des modi­fi­ca­tions seront très pro­ba­ble­ment appor­tées, mais tout cela laisse pan­tois…

D’autant qu’il sem­ble­rait que des para­des ont d’ores et déjà été trou­vées. Maî­tre Éolas en ana­lyse la pos­si­bi­lité. L’avant-pro­jet vise à inter­dire toute « tenue des­ti­née à dis­si­mu­ler son visage », ce qui veut dire qu’une tenue mas­quant le visage mais dont ce n’est pas la des­ti­na­tion échappe à l’inter­dic­tion. En d’autres ter­mes, toute musul­mane dési­rant se voi­ler inté­gra­le­ment, ou con­trainte de le faire, pour­rait con­ti­nuer en détour­nant, par exem­ple, un mas­que anti-micro­bien, comme cette vidéo sem­ble déjà le sug­gé­rer : et voilà le tra­vail !

Je n’ai aucune sym­pa­thie pour les bar­bus, dont l’into­lé­rance notoire cadre mal avec le libé­ra­lisme tel que je le con­çois. Mais on ne con­traint per­sonne par la loi à être libre. C’est un non sens con­cep­tuel car être libre, in fine, cela com­porte aussi la liberté de refu­ser d’être libre. La liberté inclut son con­traire ou n’a aucun sens, c’est comme ça. Et je trouve par­ti­cu­liè­re­ment mal­sain que les préoc­cu­pa­tions que sus­cite la pré­sence d’un islam radi­cal en France nous pous­sent à pié­ti­ner allè­gre­ment nos prin­ci­pes légaux, au pré­texte de vou­loir les pro­té­ger qui plus est ! 

vendredi, 23 avril 2010

Carnet n°61 - Va-t-on voiler la tolérance ?


Sale temps pour le voile inté­gral… En cette épo­que où le bio et la dié­té­ti­que sont en vogue, on prise l’inté­gral (farine inté­grale, sucre de canne com­plet, etc.), mais pas pour le voile. Bon, rien n’est cer­tes fait tant que le Par­le­ment n’aura pas voté, or les divi­sions sont gran­des y com­pris au sein de la majo­rité, et que le Con­seil cons­ti­tu­tion­nel n’aura pas agi. Mais les chan­ces sont for­tes que la loi finisse par inter­dire, ou par res­trein­dre, le port du voile inté­gral dans les lieux publics. Cela laisse per­plexe et l’on sent bien l’embar­ras déme­suré qu’il y a à jus­ti­fier une telle loi.

C’est que la France, théo­ri­que­ment, recon­naît les liber­tés indi­vi­duel­les, que l’État a pour mis­sion de pro­té­ger. Ainsi, se vêtir libre­ment, y com­pris pour mani­fes­ter une appar­te­nance reli­gieuse, est un droit que la loi se devrait de res­pec­ter. Alors, com­ment faire pour jus­ti­fier une inter­dic­tion du voile inté­gral ?

Notre bien aimé pré­si­dent a envi­sagé plu­sieurs jus­ti­fi­ca­tions pos­si­bles. Il y eut d’abord la laï­cité. Mais cette der­nière à un sens bien pré­cis : la neu­tra­lité de l’État en matière de reli­gion. Ce n’est donc pas au gou­ver­ne­ment de dire aux gens quel­les croyan­ces ils doi­vent sui­vre ni com­ment ils doi­vent les sui­vre…

On a ensuite envi­sagé la ques­tion de la sureté publi­que. En se voi­lant le visage, les fem­mes repré­sen­te­raient une menace suf­fi­sante de l’ordre public pour jus­ti­fier l’inter­dic­tion. Il est bien évi­dent que cela ne tient pas la route deux secon­des ! Aussi, le Con­seil d’État l’a clai­re­ment dit : le motif de la sécu­rité publi­que ne pour­rait jus­ti­fier qu’une inter­dic­tion par­tielle du voile inté­gral, can­to­née à cer­tains lieux ou à cer­tai­nes situa­tions.

Mais notre pré­si­dent ne s’avoue pas vaincu. Il tire de son cha­peau le prin­cipe de la dignité de la femme. Seul petit hic, ce n’est pas un prin­cipe cons­ti­tu­tion­nel. Le mot même ne figure pas dans la Cons­ti­tu­tion et, en 2008, un comité diri­gée par Simone Veil s’est même pro­noncé con­tre son intro­duc­tion. En effet, esti­mait Simone Veil, on ne peut déci­der a priori ce qui est digne ou pas pour un adulte. Sauf à pré­ten­dre que le gou­ver­ne­ment sait mieux que les fem­mes voi­lées ce qu’est leur dignité. Mais alors là, je vous laisse ima­gi­ner le bou­le­vard vers l’arbi­traire que la con­fir­ma­tion d’une telle posi­tion ouvri­rait…

Fina­le­ment, tous ces débats sont fort pas­sion­nants car ils mon­trent si une société, la notre en l’occur­rence, est réel­le­ment atta­chée aux prin­ci­pes libé­raux qui, nor­ma­le­ment, la fon­dent. C’est assez amu­sant de lire les argu­ments des uns des autres pour l’inter­dic­tion. Il y a ceux qui invo­quent une sorte de savoir vivre que le fait de se mou­voir tota­le­ment voilé dans l’espace public vio­le­rait. Guy Car­cas­sonne a ainsi déclaré « En France, on cache son sexe et on mon­tre son visage ». Le voile serait donc une espèce d’atten­tat à la pudeur. C’est assez curieux comme idée, car la pudeur oblige bien à mas­quer son corps… D’autres crient à la fin de la tra­di­tion répu­bli­caine, comme le cen­triste Mau­rice Leroy pour qui il faut « faire res­pec­ter le modèle répu­bli­cain ». Mais si le modèle répu­bli­cain c’est pré­ci­sé­ment la liberté reli­gieuse, on voit mal com­ment Mau­rice Leroy pour­rait en con­fis­quer la signi­fi­ca­tion… La plus cocasse, c’est Nadine Morano qui pérore que « cette pri­son de tis­sus pour les fem­mes n’est pas une ques­tion cul­tuelle mais cul­tu­relle ». Mais enfin, le culte ne fonde-t-il pas une cul­ture ?

Bref, tous ces gens sem­blent oublier la véri­ta­ble signi­fi­ca­tion de la tolé­rance telle que por­tée par les prin­ci­pes libé­raux. Être tolé­rant, c’est accep­ter pour les autres ce qu’on n’accepte pas pour soi, à la con­di­tion suprême qu’aucun droit fon­da­men­tal n’ait été violé. Or, ici, on s’éver­tue à vou­loir impo­ser un modèle ou une tra­di­tion par un biais légal alors même que les ins­ti­tu­tions ne le per­met­tent pas. Cha­cun fait assaut de sa petite opi­nion pour impo­ser l’ordre qui lui sem­ble le meilleur. Belle démons­tra­tion de ce que la démo­cra­tie peut avoir d’anti­li­bé­ral. Fina­le­ment, seul le Con­seil d’État, en pro­po­sant de s’en pren­dre aux maris qui for­ce­raient leur femme à se voi­ler, est con­sé­quent avec la pro­tec­tion des liber­tés. Mais on serait tenté de dire bon cou­rage !

On pour­rait aussi se deman­der si la ques­tion vaut réel­le­ment toute la peine qu’elle sus­cite, vu le nom­bre de fem­mes por­tant le voile inté­gral. Ailleurs en Europe, il n’y a guère que la Bel­gi­que pour s’enfer­rer, comme la France, dans l’idée d’une inter­dic­tion géné­rale… Le Sénat, dans un récent rap­port, recon­naît qu’ « Aucun pays ne s’est doté de règles natio­na­les sur le port de la burqa dans les lieux publics », et que « Dans tous les pays euro­péens, le port de la burqa dans les lieux publics sus­cite des con­tro­ver­ses en géné­ral limi­tées ». La liberté serait-elle mieux loin de la Patrie des droits de l’Homme ?

jeudi, 22 avril 2010

Carnet n°60 - Faut-il leur sucrer les allocs ?

Ce n’est un mys­tère pour per­sonne, dans les ZEP, l’absen­téisme est fré­quent. Tous les absen­téis­mes : le perlé, qui s’égraine de-ci de-là, le mastock, qui se fait par bon­nes gros­ses tran­ches, et le total time, qui dure une année entière ou peu s’en faut (si, si, j’ai un élève comme cela, que je ne vois plus depuis des mois…).

Alors, que faire ?

Notre bien aimé pré­si­dent pro­pose de sucrer sys­té­ma­ti­que­ment les allo­ca­tions aux famil­les d’enfants absen­téis­tes qui se trou­ve­raient inca­pa­bles de se jus­ti­fier. Cette idée n’est pas nou­velle et elle sem­ble empor­ter le suf­frage d’une bonne majo­rité de Fran­çais : 63% selon un récent son­dage. Je crois, mais je puis me trom­per, qu’une mesure sem­bla­ble est appli­quée au Royaume-Uni – auquel cas il serait bon de con­naî­tre ses effets là-bas.

Est-ce une solu­tion ? De ten­dance liber­ta­rienne, je vous dirais qu’il vaut mieux limi­ter les aides de l’État, que l’assis­ta­nat est con­tre­pro­duc­tif d’un point de vue moral et éco­no­mi­que et que, par con­sé­quent, la sup­pres­sion uni­ver­selle des allocs ne serait pas for­cé­ment une mau­vaise chose en elle-même ; à la con­di­tion qu’une refonte géné­rale de l’État et de son rôle soit accom­plie. Mais ce serait faire un pas de côté et s’éloi­gner du sujet : enle­ver les allo­ca­tions per­met­trait-il d’amoin­drir l’absen­téisme sco­laire ?

Per­son­nel­le­ment, j’ai plu­tôt ten­dance à croire que non. Cer­tai­ne­ment, dans quel­ques cas, la mesure sera effi­cace, mais hor­mis ceux-ci, je pense qu’elle tombe assez à côté des enjeux véri­ta­bles. En effet, elle part du prin­cipe sus­pi­cieux que les famil­les en ques­tion font exprès, ou négli­gent, de sui­vre la sco­la­rité de leurs enfants. Or, pour en être témoin, je peux vous dire qu’il existe un grand nom­bre de famil­les par­fai­te­ment dépas­sées par le com­por­te­ment de leurs reje­tons et inca­pa­bles de les con­trô­ler.

Je dis bien qu’elles en sont inca­pa­bles, quand bien même elles le vou­draient. Mon expé­rience m’indi­que que ce sont sou­vent des famil­les où le père est absent, ou bien ne joue pas son rôle, qui se trou­vent dans cette situa­tion. Il y aussi le cas de parents ayant des métiers éprou­vants, ou bien des horai­res très déca­lés, qui ne trou­vent pas la force d’affron­ter leurs ado­les­cents rebel­les, ou qui n’ont maté­riel­le­ment pas le temps d’effec­tuer le suivi néces­saire. Je ne suis pas cer­tain que reti­rer les allo­ca­tions à ces gens leur ferait du bien… Il fau­dra donc beau­coup de dis­cer­ne­ment dans l’appli­ca­tion d’une telle mesure !

Et puis je pense aux ensei­gnants et aux élè­ves (absen­téis­tes ou pas). Les élè­ves lour­de­ment absen­téis­tes le sont parce qu’ils sont en souf­france à l’école. Ayant cumulé les lacu­nes et les échecs et ayant tota­lisé un nom­bre impres­sion­nant de puni­tions et de rete­nues, ils fini­rent par pré­fé­rer ne plus venir du tout. Et, fran­che­ment, c’est un sou­la­ge­ment pour tout le monde ! Il y a déjà assez à faire avec les autres zozos qui con­ti­nuent à venir, empor­tant avec eux un fort poten­tiel de nui­sance, le petit jeu con­sis­tant à désac­ti­ver ce poten­tiel sans trop de con­flit ni de perte d’éner­gie et de temps.

Ce que je vais écrire paraî­tra peut-être scan­da­leux, mais l’absen­téisme est une sou­pape salu­taire indis­pen­sa­ble au bon fonc­tion­ne­ment de notre sys­tème sco­laire.

Si l’on veut réel­le­ment met­tre fin à l’absen­téisme, et évi­ter les mal­heurs aux­quels il con­duit sou­vent (outre le retard sco­laire, traî­ner dans les rues de la cité n’est pas la meilleure école qui soit), il faut se poser les bon­nes ques­tions. Notre sys­tème est pourri jusqu’à la moelle, malade du cor­po­ra­tisme, de la bureau­cra­tie, du mono­li­thisme, de l’impé­ri­tie de réfor­mes plus idio­tes les unes que les autres. C’est par là qu’il faut com­men­cer. L’absen­téisme est comme la fiè­vre d’une grippe : un symp­tôme. Or, on n’a jamais rien guéri en fai­sant dis­pa­raî­tre un sim­ple symp­tôme…

mardi, 2 février 2010

Carnet n°50 - Y a b'Onbama



Aujourd’hui, je me suis retrouvé chez le méde­cin. Comme celui-ci était en retard, comme c’est une affreuse habi­tude dans cette pro­fes­sion, et que je m’ennuyais ferme après avoir cor­rigé ma der­nière copie, je sai­sis un exem­plaire ancien du Point qui traî­nait sur une table.

Ancien car il remon­tait à novem­bre 2008. Mais très actuel car s’y trou­vait un édi­to­rial de Patrick Bes­son sur Obama. Or, nous venons de fêter le pre­mier anni­ver­saire de sa pré­sence à la Mai­son Blan­che…

Je ne résiste pas à l’envie de citer quel­ques pas­sa­ges de cet édi­to­rial, inti­tulé « Oba­marre », tant ils me sem­blent criant de vérité. Ça com­mence par un petit rap­pel bien senti sur l’incom­men­su­ra­ble supé­rio­rité morale des démo­crac­tes (j’ajou­te­rai des gens de gau­che en géné­ral) sur la reste (la lie, devrais-je dire) de l’huma­nité :

Les États-Unis ont un pré­si­dent noir, ce qui sem­ble faire oublier au monde qu’il est démo­crate. De ces démo­cra­tes qui ont atta­qué le Mexi­que et imposé la pro­hi­bi­tion sous Wil­son, envoyé les pre­miè­res bom­bes ato­mi­ques sur Hiro­shima et Naga­saki au temps de Tru­man, où ils ont éga­le­ment agressé la Corée et favo­risé la “chasse aux sor­ciè­res” du séna­teur McCar­thy, qui ont envahi puis boy­cotté Cuba sous Ken­nedy, com­mencé la guerre du Viet­nam sous Jonh­son, où ils sont aussi inter­ve­nus mili­tai­re­ment en Répu­bli­que domi­ni­caine, qui ont bom­bardé Bel­grade et Bag­dad sous Clin­ton, pré­si­dence au cours de laquelle ils ont de sur­croît laissé mas­sa­crer un mil­lion de Tut­sis au Rwanda (avril-juin 1994).

Voilà pour la bonne cons­cience. Bes­son con­ti­nue ensuite en dénon­çant l’affli­geante miè­vre­rie des oba­ma­nia­ques, qui voyaient en Barack une espèce de Mes­sie, dont le métis­sage allait de lui-même solu­tion­ner tous les pro­blè­mes de la pla­nète :

De l’avis géné­ral, Barack Obama règle­rait sous peu les pro­blè­mes des États-Unis puis, après un week-end à Camp David avec Michelle et les filles, ceux de toute la pla­nète au sous-déve­lop­pe­ment dura­ble. J’ai même lu, dans un grand quo­ti­dien du matin, sous la plume allè­gre d’un aca­dé­mi­cien fran­çais octo­gé­naire, que son élec­tion à la pré­si­dence des États-Unis venait de sup­pri­mer toute dis­cri­mi­na­tion raciale outre-Atlan­ti­que.

L’auteur pro­nos­ti­que l’échec final et iné­vi­ta­ble d’Obama. Lorsqu’on voit la ges­tion cala­mi­teuse de la crise des sub­pri­mes, entre autres dos­siers, on ne peut que se dire qu’effec­ti­ve­ment, Obama échouera. (Il y était con­damné de toute façon, par l’immen­sité des espoirs pla­cés en lui, car il est humai­ne­ment impos­si­ble de satis­faire des atten­tes aussi peu ration­nel­les et rai­son­na­bles, ses sou­tiens feront donc para­doxa­le­ment sa perte.)

Pour finir, je fais mien­nes ses paro­les de Patrick Bes­son : « On devrait pour­tant finir par com­pren­dre, avec l’expé­rience de la décep­tion, que les hom­mes poli­ti­ques sont des hom­mes, quelle que soit leur cou­leur. Et des poli­ti­ques. Pas des dieux ». Amen !

dimanche, 31 janvier 2010

Carnet n°49 - Cachez ces Noirs que l'on ne saurait voir !


Il paraît que l’UMP a fait une très vilaine chose sur son site inter­net. Elle y a affi­ché une photo repré­sen­tant de jeu­nes gens noirs, de dos, avec pour titre : « Délin­quance des mineurs : en finir avec l’angé­lisme ». L’arti­cle cor­res­pon­dant est tou­jours dis­po­ni­ble.

L’émo­tion sem­ble avoir été grande, puis­que l’image a vite été reti­rée, rem­pla­cée par une autre bien plus con­sen­suelle : un blanc attra­pant une blan­che par der­rière… (Qui elle même a dis­paru fina­le­ment).

Il faut bien admet­tre que c’est mala­droit. Car c’est un peu réduc­teur de ne met­tre que des Noirs, étant donné qu’il y a aussi des Ara­bes parmi les jeu­nes délin­quants, et que Noirs et Ara­bes n’ont pas non plus le mono­pole de la délin­quance.

Néan­moins, et visi­ble­ment, il y a des lien qu’on se refuse tou­jours à faire. Il est pour­tant connu de tous que la délin­quance des mineurs se déve­loppe sur­tout dans les quar­tiers de relé­ga­tion où vivent en majo­rité les immi­grés récents et leurs des­cen­dants.

On ne pour­rait cepen­dant en déduire, sans tom­ber dans le ridi­cule, que ces jeu­nes sont délin­quants parce qu’ils sont Noirs ou Ara­bes. D’ailleurs, un docu­ment PDF rédigé par l’UMP, et accom­pa­gnant l’arti­cle, dit bien que « Le plus sou­vent, l’hyper­ac­ti­vité délin­quante est le fait d’un petit groupe, puis­que 5% des mineurs d’une com­mune sont en géné­ral res­pon­sa­bles de la majo­rité des délits qui y sont com­mis ». Dif­fi­cile d’y voir une asser­tion raciste – et qui­con­que cher­che­rait une once de racisme dans le reste du docu­ment pour­rait se lever tôt pour en trou­ver.

Il se trouve sim­ple­ment que, pour toute une série de rai­sons com­plexes, un grand nom­bre de jeu­nes délin­quants sont Noirs ou Ara­bes. Com­bien et dans quel­les pro­por­tions ? On ne le sait, parce que la Répu­bli­que, dans un grand élan de sagesse obs­cu­ran­tiste, inter­dit les sta­tis­ti­ques eth­ni­ques. Mais, quoiqu’il en soit, on ne voit pas pour­quoi on devrait s’inter­dire de l’évo­quer ou de le mon­trer.

Bref, much ado about nothing, une nou­velle fois. Une tor­na­dette dans un verre d’eau comme la France en a le secret et dont l’objec­tif est d’entre­te­nir la con­fu­sion des esprits.  C’est un peu comme tous ces cré­tins qui se bou­chent le nez en hur­lant aux déra­page à pro­pos du débat sur l’iden­tité natio­nale, sim­ple­ment parce que des idées qu’ils réprou­vent s’expri­ment. Curieuse vision de la liberté d’expres­sion, puis­que le but n’est pas tant d’expri­mer un désac­cord que d’essayer de cir­cons­crire auto­ri­tai­re­ment l’espace du débat par l’inti­mi­da­tion.

jeudi, 14 janvier 2010

Carnet n°44 - De hauts cris d'orfraie pour rien

Mal­gré le débat sur l’iden­tité natio­nale, le FN devien­drait-il de moins en moins gla­mour ?



On s’est beau­coup étran­glé du débat lancé par Éric Bes­son. Débat­tre de l’iden­tité natio­nale, c’était for­cé­ment faire le jeu de l’extrême droite, stig­ma­ti­ser tel ou tel com­po­sante de la société, ouvrir la boîte de Pan­dore, fécon­der de nou­veau le ven­tre déjà tou­jours fécond de la bête immonde, etc.

Bref, à en croire cer­tains, la France était en grand péril de fas­ci­sa­tion immi­nente.

Pour ma part, j’en suis venu à la con­clu­sion que, s’il n’y a pas de mal à aimer son pays, l’État ne devrait pas se mêler de le savoir. Ce n’est pas son pro­blème que les gens aiment ou non la France, il devrait sur­tout veiller à faire appli­quer le droit. Per­son­nel­le­ment, je pré­fère un sup­por­ter de l’Algé­rie qui me laisse en paix à un fer­vent des Bleus qui me pique mes affai­res. Sim­ple ques­tion de goût, j’en con­viens.

Mais qu’apprend-on récem­ment ? Que 48% des Fran­çais se désin­té­res­se­raient du débat et pres­que autant jugent qu’il a dérivé de ses objec­tifs ini­tiaux… Voyez com­bien les Fran­çais sont ron­gés par la xéno­pho­bie !

Il y a mieux encore. Selon un autre son­dage, 77% des Fran­çais désap­prou­ve­raient les idées du Front natio­nal. Et le plus mar­quant, c’est que cette opi­nion est en pro­gres­sion depuis 2006, où seu­le­ment 70% des Fran­çais la par­ta­geaient. Le FN sem­ble donc décro­cher quel­que peu car seuls 18% des Fran­çais adhè­rent à ses idées, con­tre habi­tuel­le­ment 22 à 24%. Cette désaf­fec­tion frappe la tota­lité des thè­mes-clés du parti fron­tiste, comme l’immi­gra­tion, l’insé­cu­rité, etc.

Ici encore, nous pou­vons cons­ta­ter à quel point l’ombre gam­mée plane sur notre pays !

Tou­tes ces nou­vel­les devraient faire ron­ron­ner de plai­sir nos anti­ra­cis­tes et autres ver­tueux de ser­vice. Ils devraient même y trou­ver quel­que matière à se tran­quilli­ser. Que nenni ! Il s’en trouve encore pour s’offus­quer à grand bruit du débat de ce soir entre Éric Bes­son et, hor­reur des hor­reurs, Marine Le Pen. C’est qu’on ne se passe pas si faci­le­ment d’un repous­soir aussi com­mode que le Front natio­nal…

mercredi, 6 janvier 2010

Carnet n°40 - L'égoïsme des grandes écoles

Valéry Pécresse exhorte les gran­des éco­les à accep­ter 30% d’élè­ves bour­siers. « N’ayez pas peur » leur a-t-elle dit… Mais voilà, la Con­fé­rence des Gran­des Éco­les s’y refuse caté­go­ri­que­ment : « L’admis­sion dans les gran­des éco­les est basée sur le mérite. […] Toute autre poli­ti­que amè­ne­rait iné­vi­ta­ble­ment d’une part la baisse du niveau moyen, d’autre part l’iden­ti­fi­ca­tion par les employeurs, parmi les pro­fils de sor­tie, que tou­tes les voies d’accès dans la même école ne se valent pas »

Cette réponse fait fré­mir de rage le patron de Science Po Paris, Richard Des­coings, qui la juge car­ré­ment « anti­so­ciale dans toute sa fran­chise » (allez com­pren­dre : est-ce à dire qu’il est plus social d’être hypo­crite ?) et Yazid Sabeg, qui sem­ble y voir une insulte aux pau­vres que l’on con­si­dé­re­rait comme un dan­ger pour le niveau sco­laire des gran­des éco­les…Yazid Sabeg pour­suit en disant que les gran­des éco­les sont sou­mi­ses aux orien­ta­tions poli­ti­ques pri­ses par le pou­voir. Or, parmi ces orien­ta­tions, il y a l’ouver­ture sociale, donc…

Moi j’ai plu­tôt envie de répon­dre que les gran­des éco­les (comme les uni­ver­si­tés d’ailleurs) devraient res­ter libres de recru­ter comme elles le sou­hai­tent – ce qui, il est vrai, devrait impli­quer la sup­pres­sion de toute forme de sub­ven­tion. Au lieu de les fus­ti­ger pour leur pré­tendu égoïsme, on ferait bien mieux de réflé­chir à ce qu’on sou­haite leur impo­ser.

Le but d’une grande école n’est pas de cor­ri­ger les injus­ti­ces socia­les. Son but est de dis­pen­ser une for­ma­tion de haut niveau cen­sée répon­dre aux besoins des entre­pri­ses. Toute ins­ti­tu­tion a un rôle dont on ne doit pas l’obli­ger à sor­tir si on veut qu’elle le joue cor­rec­te­ment. Si l’on sou­haite que des étu­diants issus des clas­ses popu­lai­res accè­dent à ces for­ma­tions, très bien. Mais alors qu’on les mette à niveau. Sur­tout, qu’on réforme enfin le sys­tème sco­laire pour le ren­dre effi­cace. Qu’on ne leur réserve pas des pla­ces tou­tes prê­tes, ce qui serait une injus­tice pour les autres.

Car Valéry Pécresse à beau jeu de dire qu’elle ne cher­che pas à impo­ser des quo­tas. Pour­quoi, dès lors, fixer un objec­tif, qui plus est très pré­cis de 30% ? Cela ne porte pas le nom de quota, mais en a bien l’odeur, la saveur et l’appa­rence… L’hypo­cri­sie appa­raît d’ailleurs au grand jour lors­que l’on sait que, pour obli­ger les gran­des éco­les à faire davan­tage d’efforts, un comité minis­té­riel a lancé une mis­sion sur « la dis­cri­mi­na­tion sociale lors de l’accès aux con­cours des gran­des éco­les », pour en modi­fier, si néces­saire, l’orga­ni­sa­tion dès 2011.

On a bien com­pris que la notion de quota était trop polé­mi­que pour s’appli­quer faci­le­ment. Qu’à cela ne tienne, on trouve tou­jours des moyens détour­nés d’agir…

Voir :
- Marie Bart­nik, « Les gran­des éco­les refu­sent les quo­tas de bour­siers », 05/01/10, Le Figaro.
- Rédac­tion en ligne, « Valé­rie Pécresse encou­rage les gran­des éco­les à “l’ouver­ture sociale” », 05/01/10, Le Point.
- Jamila Aridj, « Quo­tas d’élè­ves bour­siers : les gran­des éco­les oppo­sées », 05/01/10, Le Figaro.

mercredi, 29 avril 2009

Carnet n°23 - Petit test politique avant les élections européennes

J’aime bien faire les tests poli­ti­ques, même les autres types de test. C’est une vraie folie chez moi ; il s’uffit que je trouve un maga­zine quel­con­que pour que j’y cher­che un test à faire : êtes-vous jaloux ?, quel genre d’ami êtes-vous ?, calin ou coquin ?… Ce n’est pas que j’attri­bue un quel­con­que cré­dit à ces tests-là, c’est plu­tôt un diver­tis­se­ment amu­sant. L’incon­vé­nient c’est que la plu­part sont publiés dans des maga­zi­nes fémi­nins et ne sont donc pas très adap­tés à un homme tel que moi…

Bon, pour reve­nir aux tests poli­ti­ques, Pol­luxe en pro­pose un en rap­port avec les élec­tions euro­péen­nes. Répon­dez à une tren­taine de ques­tions et il vous sort votre pro­fil détaillé que vous pou­vez com­pa­rer avec les par­tis en lice. Vous sau­rez ainsi lequel vous cor­res­pond le mieux, si vous ne le saviez pas déjà…

Moi, je suis tombé dans le vide. Le parti auquel je cor­res­ponds le mieux est Alter­na­tive libé­ral, mais seu­le­ment à hau­teur de 61,4%. Je trouve cela peu. Vien­nent ensuite le MNR (51,3%) et le MPF (47,3%)…

Voilà, amu­sez-vous bien, c’est par ici : EU Pro­fi­ler.