Henri Jules Jean Geoffroy, dit Geo, En classe, le travail des petits, 1889. Voir ici.
Il y a peu, Franck Boizard, sur La Lime, lançait un « appel au peuple » pour savoir si la féminisation de l’enseignement était un tort.
Étant moi-même enseignant, je suis en bonne position, bien que non exclusive, pour en parler. Alors voici ma réponse.
Je crois fondamentalement que cette question est une fausse question. Ou, pour le dire plus correctement, c’est une question fort mal posée ainsi. Car pourquoi une femme serait-elle moins capable d’enseigner qu’un homme ? Franck Boizard se souvient avoir davantage été marqué par des enseignants que par des enseignantes. C’est là une perception toute singulière, qui s’attache à son vécu personnel. Moi, j’ai été marqué par deux professeurs : un homme et une femme.
Quand je jette un regard rétrospectif sur ma scolarité, je discerne d’excellentes enseignantes : mes professeurs d’anglais en cinquième, de musique en cinquième et en quatrième, de mathématiques et d’anglais en troisième, d’histoire-géographie en terminale. Il y en eut de fort mauvaises, bien sûr, telles cette enseignante d’espagnol, de je ne sais plus quelle classe de lycée, qui nous donnait le vocabulaire durant les contrôles, et cette autre d’anglais qui ne venait pas vraiment pour nous faire bosser (je me souviens des heures du lundi perdues à parler, en français s’il vous plaît, du match de rugby de la veille…, la classe écrivit même une lettre de doléances, bien hypocrite au demeurant, à l’attention du proviseur !)
Si, maintenant, j’étudie mes collègues du collège, je dois dire que la quasi totalité des quelques bras cassés sont des hommes. Sur les cinq mauvais enseignants infoutus de tenir leurs classes, cette année et l’an passé, seul un est une femme.
Bref, il est faux de croire qu’il faille être un homme pour établir le respect dans ses classes. Moi-même, qui suis très loin d’être un enseignant parfait, dans la ZEP où je suis, j’obtiens de mes élèves respect et concentration sans avoir à instaurer un climat de terreur au fond contre-productif et parfaitement inaccessible à la plupart des enseignants. Parfois il faut lutter, mais cela dépend aussi des dynamiques de classe, des horaires et d’évènements extérieurs à la classe, voire à l’établissement. Être un homme ou une femme n’y change fondamentalement rien, pour autant que j’ai pu voir.
Quant à savoir qui de la féminisation ou de la dévalorisation est l’origine de l’autre, je me demande si ce n’est pas non plus une fausse question. Après tout, il se pourrait que la féminisation ait eu lieu de façon concomitante avec la dévalorisation du métier d’enseignant, sans en être ni la cause, ni le résultat ; deux évolutions différentes mais contemporaines en somme…
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