Carnets libéraux

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, 5 mai 2010

Carnet n°64 - Absentéisme scolaire et sucrage d'alloc chez nos voisins britons

Je me deman­dais si la sup­pres­sion des allo­ca­tions aurait un impact posi­tif sur l’absen­téisme sco­laire. Il me sem­blait que non, et cela n’a pas changé.

D’autant que la mesure existe déjà chez nos voi­sins bri­tan­ni­ques. C’est ce que rap­porte le Métro d’hier, qui trai­nait ce matin dans la salle es profs. Depuis 2000, la loi punit de trois mois de pri­son les parents d’élè­ves trop sou­vent absents. C’est même arrivé, en 2002, à une mère qui écopa de 60 jours. Au total, jusqu’en 2007, 133 parents furent ainsi écroués… Le plus sou­vent, cepen­dant, des pei­nes d’amen­des sont infli­gées : 50 livres (58 euros), puis 2 500 livres en cas de réci­di­ves (2 900 euros).

Pour être sévère, c’est sévère.

Néan­moins, c’est par­fai­te­ment inef­fi­cace, puis­que, outre-Man­che, l’absen­téisme sco­laire ne cesse de pro­gres­ser. Il est passé de 0,97% en 2007-2008 à 1,03% en 2008-2009 et, depuis 1997, le phé­no­mène est en hausse de 44% ! Si 1 961 parents furent pour­sui­vis en 2001, ils furent 9 506 en 2008…

Bref, res­pon­sa­bi­li­ser les parents sem­ble une chouette idée, mais je ne crois pas que la sup­pres­sion des allo­ca­tions soit le bon moyen d’y par­ve­nir. Cette solu­tion peut fonc­tion­ner dans cer­tains cas, mais pro­ba­ble­ment pas comme solu­tion glo­bale au pro­blème géné­ral de l’absen­téisme sco­laire.

lundi, 4 janvier 2010

Carnet n°38 - Faut-il regretter la féminisation de l'enseignement ?

Henri Jules Jean Geof­froy, dit Geo, En classe, le tra­vail des petits, 1889. Voir ici.


Il y a peu, Franck Boi­zard, sur La Lime, lan­çait un « appel au peu­ple » pour savoir si la fémi­ni­sa­tion de l’ensei­gne­ment était un tort.

Étant moi-même ensei­gnant, je suis en bonne posi­tion, bien que non exclu­sive, pour en par­ler. Alors voici ma réponse.

Je crois fon­da­men­ta­le­ment que cette ques­tion est une fausse ques­tion. Ou, pour le dire plus cor­rec­te­ment, c’est une ques­tion fort mal posée ainsi. Car pour­quoi une femme serait-elle moins capa­ble d’ensei­gner qu’un homme ? Franck Boi­zard se sou­vient avoir davan­tage été mar­qué par des ensei­gnants que par des ensei­gnan­tes. C’est là une per­cep­tion toute sin­gu­lière, qui s’atta­che à son vécu per­son­nel. Moi, j’ai été mar­qué par deux pro­fes­seurs : un homme et une femme.

Quand je jette un regard rétros­pec­tif sur ma sco­la­rité, je dis­cerne d’excel­len­tes ensei­gnan­tes : mes pro­fes­seurs d’anglais en cin­quième, de musi­que en cin­quième et en qua­trième, de mathé­ma­ti­ques et d’anglais en troi­sième, d’his­toire-géo­gra­phie en ter­mi­nale. Il y en eut de fort mau­vai­ses, bien sûr, tel­les cette ensei­gnante d’espa­gnol, de je ne sais plus quelle classe de lycée, qui nous don­nait le voca­bu­laire durant les con­trô­les, et cette autre d’anglais qui ne venait pas vrai­ment pour nous faire bos­ser (je me sou­viens des heu­res du lundi per­dues à par­ler, en fran­çais s’il vous plaît, du match de rugby de la veille…, la classe écri­vit même une let­tre de doléan­ces, bien hypo­crite au demeu­rant, à l’atten­tion du pro­vi­seur !)

Si, main­te­nant, j’étu­die mes col­lè­gues du col­lège, je dois dire que la quasi tota­lité des quel­ques bras cas­sés sont des hom­mes. Sur les cinq mau­vais ensei­gnants infou­tus de tenir leurs clas­ses, cette année et l’an passé, seul un est une femme.

Bref, il est faux de croire qu’il faille être un homme pour éta­blir le res­pect dans ses clas­ses. Moi-même, qui suis très loin d’être un ensei­gnant par­fait, dans la ZEP où je suis, j’obtiens de mes élè­ves res­pect et con­cen­tra­tion sans avoir à ins­tau­rer un cli­mat de ter­reur au fond con­tre-pro­duc­tif et par­fai­te­ment inac­ces­si­ble à la plu­part des ensei­gnants. Par­fois il faut lut­ter, mais cela dépend aussi des dyna­mi­ques de classe, des horai­res et d’évè­ne­ments exté­rieurs à la classe, voire à l’éta­blis­se­ment. Être un homme ou une femme n’y change fon­da­men­ta­le­ment rien, pour autant que j’ai pu voir.

Quant à savoir qui de la fémi­ni­sa­tion ou de la déva­lo­ri­sa­tion est l’ori­gine de l’autre, je me demande si ce n’est pas non plus une fausse ques­tion. Après tout, il se pour­rait que la fémi­ni­sa­tion ait eu lieu de façon con­co­mi­tante avec la déva­lo­ri­sa­tion du métier d’ensei­gnant, sans en être ni la cause, ni le résul­tat ; deux évo­lu­tions dif­fé­ren­tes mais con­tem­po­rai­nes en somme…

mardi, 6 octobre 2009

Carnet n°31 - Le collège unique est un colonialisme

C’est peut être incon­gru de par­ler ainsi, mais je tiens le col­lège uni­que pour un par­fait ava­tar de la pen­sée colo­niale, en par­ti­cu­lier dans les quar­tiers popu­lai­res, là où se con­cen­trent les immi­grés.

Disant cela, je ne sous-entend pas que les immi­grés et leurs enfants sont les indi­gè­nes moder­nes de la Répu­bli­que. Ma pen­sée est par­fai­te­ment étran­gère à toute forme de repen­tance et, même si je ne nie pas son exis­tence et les dom­ma­ges qu’il peut cau­ser, je n’impute pas tous les mal­heurs des Bacari et autres Rachida au sup­posé racisme des Fran­çais.

Ce que je veux dire, c’est que la créa­tion du col­lège uni­que, par René Haby en 1975, retire du même genre d’erreur que la colo­ni­sa­tion. Car que fut la colo­ni­sa­tion ?

La colo­ni­sa­tion ce fut l’idée pro­gres­siste que la France allait appor­ter le bien être et le pro­grès, en un mot la civi­li­sa­tion, aux peu­ples colo­ni­sés. C’était une idée qui se vou­lait géné­reuse et huma­niste ; elle fut même per­çue comme telle, ce qui expli­que que tant de gran­des cons­cien­ces de l’huma­nité l’aient sou­te­nue, à l’ins­tar de gens comme Vic­tor Hugo (l’Afri­que qui n’a pas d’his­toire), Léon Gam­betta, Jules Ferry (con­cep­teur de la fal­la­cieuse doc­trine colo­niale fran­çaise dans les années 1880), Jean Jau­rès, Léon Blum… Même Marx recon­nais­sait à la colo­ni­sa­tion le charme d’extir­per les peu­ples infé­rieurs de leur arrié­ra­tion pour les pro­je­ter dans l’His­toire !

L’entê­tant grain de sable, c’était qu’on ne s’était pas demandé si les colo­ni­sés étaient d’avis pour rece­voir cette civi­li­sa­tion étran­gère. Voilà pour­quoi on se mon­trait par­fai­te­ment aveu­gle aux souf­fran­ces que la colo­ni­sa­tion pou­vait cau­ser. S’il fal­lait civi­li­ser les indi­gè­nes, c’était donc qu’ils n’avaient ni civi­li­sa­tion, ni cul­ture, ni sub­stance ; dès lors, com­ment auraient-ils pu souf­frir ?

Le col­lège uni­que, c’est la même his­toire. Voilà qu’après guerre, on vou­lut don­ner la même ins­truc­tion à tous les élè­ves, sans dis­tinc­tion de classe. Fort bien. Une idée très géné­reuse que nulle gran­des cons­cien­ces de l’huma­nité ne pou­vait renier… Cette idée fut si forte, qu’elle dépassa le monde même de la gau­che pour être mise en œuvre par la droite, tout au long des années 1960 et jusqu’à la loi Haby de 1975. Hélas, comme pour la colo­ni­sa­tion, on ne s’était pas avisé que tous les élè­ves ne dési­raient pas, ou ne néces­si­taient pas, se voir dis­pen­ser une ins­truc­tion uni­que, d’autant plus exi­geante qu’elle fut d’abord for­gée dans le moule de l’excel­lent lycée fran­çais de la grande épo­que.

Depuis lors, on n’eut de cesse que de vou­loir faire ren­trer des ronds dans des trous car­rés. Cela ne mar­che pas, bien sûr – comme fini par l’appren­dre tout bam­bin jouant à ce jeu de faire glis­ser par des trous dans une boîte des for­mes géo­mé­tri­ques diver­ses… Des emplâ­tres vains sur des jam­bes de bois, des mil­liards dépen­sées en pure perte, des théo­ries péda­go­sis­tes fumeu­ses ayant mis­sion d’enfu­mer le monde sur la réa­lité, afin de sau­ver le mythe, de la souf­france, beau­coup de souf­france tant chez les ensei­gnants que chez les élè­ves, rien de tout cela n’a pu encore venir à bout de cette mons­truo­sité idéo­lo­gi­que de gau­che qu’est le col­lège uni­que !

Mais les cho­ses pour­raient chan­ger. Après tout, il fal­lut beau­coup de temps pour s’aper­ce­voir que les colo­nies étaient un far­deau inu­tile et que l’alibi civi­li­sa­teur était une escro­que­rie. On fit même la guerre, avant de com­pren­dre tout cela. Heu­reu­se­ment, il est peu pro­ba­ble qu’on vienne à de tel­les extré­mi­tés pour réfor­mer le sys­tème sco­laire. Déjà des son­da­ges de 2001-2002 mon­trent que 75% des ensei­gnants de moins de 35 ans, dont je fais par­tie, ne croient plus au col­lège uni­que. Peu à peu, les lan­gues se délient ; face à tant de gâchis et de dou­leur, cer­tains pro­fes­seurs en vien­nent à admet­tre que sco­la­rité obli­ga­toire ne signi­fie pas for­cé­ment une sco­la­rité iden­ti­que pour tous.

Il est ici très impor­tant de bien dis­tin­guer les mas­ses ensei­gnan­tes et les syn­di­cats cen­sés les repré­sen­ter, mais en réa­lité plus sou­cieux d’impo­ser une idéo­lo­gie péda­go­gi­que au pays tout entier. Je sais, par expé­rience, que beau­coup d’ensei­gnants sont prêts à des réfor­mes par­fois radi­ca­les. J’ai des col­lè­gues qui trou­ve­raient nor­mal que l’on ren­voie les incom­pé­tents, d’autres que nous soyons rému­né­rés au mérite… Bien peu s’accro­chent au col­lège uni­que mais beau­coup sont avi­des de solu­tions alter­na­ti­ves pour les élè­ves les plus en souf­france.

Le Figaro rap­porte que le Sénat pro­pose un pal­lier de pré-appren­tis­sage pour les élè­ves de 15 ans. Le syn­di­cat SE-UNSA s’étran­gle déjà en criant à l’assas­si­nat du col­lège uni­que, cette perle que le monde entier nous envie. Je ne con­nais pas les détails des tra­vaux du Sénat, je n’en dirai donc rien. Je vous laisse d’ailleurs lire l’arti­cle ainsi que cet autre. Je relève sim­ple­ment que, peut-être enfin, ce pays pourra s’enga­ger sur la voie des bon­nes réfor­mes. On verra sans doute beau­coup de pro­blè­mes se résou­dre dans nos ban­lieues, et ce ne sera pas un moin­dre bien.

lundi, 5 octobre 2009

Carnet n°30 - A bout de souffle, tout au bout du rouleau

Voilà où en est l’Édu­ca­tion natio­nale pour qu’elle vienne à pro­po­ser de payer les élè­ves pour qu’ils aillent en cours.

Je com­prends le désar­roi que l’on peut res­sen­tir face au cré­ti­nisme triom­phant de nom­breux élè­ves, deve­nus par­fai­te­ment réfrac­tai­res à l’ensei­gne­ment dis­pensé dans nos éta­blis­se­ments sco­lai­res. Moi-même ai-je sou­vent les bras qui me tom­bent, devant tant d’inso­lence, de mépris et de paresse.

Je peine tou­te­fois à com­pren­dre la logi­que d’une telle idée. Si l’on récom­pense les lycéens pour leur assi­duité et leur bon com­por­te­ment, c’est impli­ci­te­ment recon­naî­tre que ce ne sont plus là des évi­den­ces, nor­ma­le­ment exi­gi­bles avant toute autre chose. Cette pro­po­si­tion révèle alors l’extra­or­di­naire faillite édu­ca­tive de toute une nation ! Sur­tout, les élè­ves ne devien­dront modè­les que par inté­res­se­ment, non parce qu’ils com­pren­dront les bien­faits intrin­sè­ques de l’étude et de la civi­lité.

J’ai, pour ma part, ten­dance à pen­ser que c’est pour­tant là le but le plus réussi de tout ensei­gne­ment, au-delà des spé­ci­fi­ci­tés dis­ci­pli­nai­res de telle ou telle matière.

Pour le moment, il ne s’agit que d’expé­ri­men­ta­tions dans cer­tains lycées, si j’ai bien com­pris. J’espère qu’elles tour­ne­ront vite court, mais on peut crain­dre le pire…

En revan­che, je ne suis pas con­tre la ré-actua­li­sa­tion des prix d’excel­lence. Car eux seuls sont véri­ta­ble­ment res­pon­sa­bi­li­sant et mon­trant à tous les élè­ves que l’on récolte ce que l’on sème, que l’on reçoit ce que l’on mérite. Quitte, bien entendu, à moder­ni­ser ces prix, pour les ren­dre réel­le­ment inté­res­sants.

Mais c’est là une vision par trop indi­vi­dua­liste de la res­pon­sa­bi­lité. Aujourd’hui, on pré­fère l’illu­sion d’une res­pon­sa­bi­li­sa­tion col­lec­tive, c’est-à-dire ano­nyme, c’est-à-dire à mon avis très pro­blé­ma­ti­que. Je ne suis pas sûr que jouer sur la pres­sion du groupe soit davan­tage une bonne idée (c’est bien une cagnotte col­lec­tive qui a été pro­po­sée, mais qui dépend du com­por­te­ment de cha­que élève en par­ti­cu­lier).

Au final avons-nous une mesure col­lec­ti­viste de plus dont le but ultime, cons­cient ou non, est de mas­quer l’échec patent d’un sys­tème sco­laire gan­gréné jusqu’à l’os par le col­lec­ti­visme. Mais même depuis le temps, et mal­gré l’accu­mu­la­tion acca­blante de preu­ves, il sem­ble que per­sonne ne veuille en finir avec ce mori­bond.

lundi, 7 septembre 2009

Carnet n°26 - C'est normal, il n'y avait que des Blancs !

Les élè­ves ont le don par­fois d’être par­ti­cu­liè­re­ment éton­nants, de faire des com­men­tai­res par­fai­te­ment inat­ten­dus sur des sujets appa­rem­ment incon­grus. Ces ins­tants fuga­ces livrent tou­te­fois un bel aperçu de leur uni­vers men­tal et en dit très long sur l’état social de notre pays.

Nou­velle démons­tra­tion de ce fait aujourd’hui.

Une classe de 3ème, plu­tôt sympa ; début du pre­mier cha­pi­tre d’his­toire : la Grande Guerre. Je pré­sente l’Europe en 1914, expli­que les riva­li­tés et le sys­tème des allian­ces : Tri­ple Entente, Tri­ple Alliance… Les élè­ves sui­vent bien, grâce à une carte que j’ai tout exprès tirée en cou­leurs. Vient l’atten­tat de Sara­jevo. Je dis com­ment Prin­zip sur­git de la foule pour ouvrir le feu sur l’archi­duc-héri­tier et sa femme. La classe suit et sem­ble s’éton­ner, s’offus­quer pres­que, de ce crime…

C’est la guerre. L’engre­nage des allian­ces est com­pris sans mal. Je suis heu­reux : la mayon­naise prend.

Fin du petit 1 (L’Europe en 1914), début du petit 2 (L’entrée en guerre). Com­ment les popu­la­tions réa­gi­rent-elles à l’annonce du con­flit ? Cette fois, le cours n’est plus dia­lo­gué, comme on dit, mais un petit exer­cice est dis­tri­bué. Il s’agit de deux docu­ments, un texte de Poin­caré sur l’Union sacrée et une pho­to­gra­phie de sol­dats alle­mands par­tant pour le front dans l’enthou­siasme géné­ral.

Les élè­ves relè­vent de suite le sou­rire sur les visa­ges de ces sol­dats et des fem­mes qui les entou­rent.  J’expli­que : « Les gens sont per­sua­dés qu’il sont agres­sés et que la guerre sera courte. Et puis sur­tout, à cette épo­que, les esprits sont très patrio­ti­ques, les gens aiment leur pays et accep­tent de le défen­dre les armes à la main… »

— C’est vrai, les gens aimaient leur pays, mon­sieur !? demande une élève.

— Bah ouais… y avait que des Blancs…, rétor­que un gar­çon à mi-voix.

J’avoue ne pas avoir relevé, tant le sujet était glis­sant et ris­quait de nous emme­ner loin, très loin du cours. Mais les faits sont là : il est étrange, pour cer­tains jeu­nes gens en tout cas, que l’on puisse sim­ple­ment aimer son pays, l’hété­ro­gé­néi­sa­tion raciale de la société est la cause que le patrio­tisme soit perdu et expli­que à quel point la men­ta­lité des hom­mes de 1914 paraisse ainsi d’un autre monde…

Ce n’est pas moi qui ai glissé l’idée aux élè­ves ; ce sont des élè­ves qui ont parlé tout seul ! Bien que je ne puisse témoi­gner de l’étendu de cet état d’esprit parmi eux, je trouve ce petit « inci­dent » assez révé­la­teur des résul­tats de poli­ti­ques irres­pon­sa­bles menées depuis je ne sais com­bien de décen­nies. Je ne suis pas natio­na­liste pour deux kopecks, mais il me sem­ble qu’une cer­taine ten­dresse envers le pays dans lequel on vit et pour ses habi­tants, pris abs­trai­te­ment, n’est pas sans bien, en par­ti­cu­lier pour la cohé­sion sociale et la con­corde géné­rale. Mais voilà…

Je me demande bien ce que l’his­toire de France peut signi­fier pour ces jeu­nes gens. Je n’ose fran­che­ment ima­gi­ner la réponse !

mardi, 1 septembre 2009

Carnet n°24 - Et soudain vint la rentrée...

Les vacan­ces sont finies, c’est désor­mais une cer­ti­tude. Il y a deux jours, en ouvrant ma boîte mail, un mes­sage tout doux du secré­ta­riat m’atten­dait : mardi 1er sep­tem­bre, pré-ren­trée à 9 heu­res. On pou­vait, alors, encore jouer avec la réa­lité : un mes­sage ? quel mes­sage ? n’était-ce pas plu­tôt une sorte d’hoax ? Hélas, la réa­lité est dure comme du béton.

Il fal­lait bien que les vacan­ces se ter­mi­nent ; c’est tout de même indé­cent, autant de temps libre, et puis je ne ren­tre vrai­ment que jeudi et les cours ne com­men­cent que ven­dredi. Encore un petit sur­sis…

Je reste dans la même ZEP que l’an der­nier, titu­laire du poste cette fois. Fini de jouer les para­chu­tis­tes-TZR ! Pour fêter ça, je suis le PP (prof prin­ci­pal) d’une 5ème que tous mes col­lè­gues me décri­vent comme apo­ca­lyp­ti­que. Nous ver­rons bien.

En atten­dant, je repense à l’un des nom­breux pro­blè­mes de cet éta­blis­se­ment au nord de Paris : l’absence quasi totale de dis­ci­pline dans les cou­loirs. L’an der­nier, rares les ensei­gnants qui ten­taient d’y met­tre un peu d’ordre ; c’est une tâche bien ingrate lors­que l’on est peu à s’en acquit­ter, pour un élève attrapé et répri­mandé douze font les zoua­ves, les punis hur­lent à l’injus­tice poin­tant du doigt l’exem­ple de leurs petits cama­ra­des, l’éner­gie qui reste après des cours éprou­vants s’éva­pore vite… C’est un peu l’his­toire des Danaï­des.

Pour­tant, on ne sau­rait pré­ten­dre que la dis­ci­pline dans les cou­loirs n’est pas impor­tante, tant pour des ques­tions de sécu­rité, de vie col­lec­tive, que de con­cen­tra­tion en classe. Mais ce n’est pas que cela.


C’est un prof qui parle. Il ensei­gne l’his­toire-géo­gra­phie dans un lycée de la ban­lieue pari­sienne. Il rêve­rait de faire assis­ter tous les Fran­çais à la récréa­tion de 10h30 dans son éta­blis­se­ment. « Ce qui les frap­pe­rait, assure-t-il, c’est l’immense renon­ce­ment des adul­tes à faire appli­quer les règles et à civi­li­ser l’espace public. Quand aucune con­si­gne n’est res­pec­tée depuis long­temps, pour­quoi être celui qui va inter­dire les ciga­ret­tes, faire enle­ver une cas­quette, répri­man­der une bous­cu­lade ou une bagarre ? » Décou­ragé par l’ampleur de la tâche, l’ensei­gnant dresse ce cons­tat : « Comme les autres, regards bais­sés ou épau­les haus­sées, on s’enfuit. Dépassé face à cet effon­dre­ment civi­que qui nous dépasse. La civi­li­sa­tion, cela s’apprend. C’est un tra­vail auquel nous avons col­lec­ti­ve­ment renoncé ». [1]


J’adhère com­plè­te­ment aux pro­pos de ce col­lè­gue : c’est une ques­tion de civi­li­sa­tion au moins autant qu’un pro­blème pra­ti­que de vie dans un espace col­lec­tif. Or, cet aspect civi­li­sa­tion­nel est gran­de­ment perdu de vue par mes col­lè­gues, mal­heu­reu­se­ment. Le dis­cours du prin­ci­pal adjoint, ce matin, sem­blait encou­ra­geant : il est néces­saire que tous les adul­tes fas­sent régner l’ordre et la dis­ci­pline dans l’éta­blis­se­ment, ce serait un gain pour tout le monde… Assu­ré­ment, à mon sens, une dis­ci­pline d’ordre mili­taire, sinon dans l’appa­rat, du moins dans l’esprit. Encore faut-il pas­ser du verbe à l’action…

Note :

[1] Extrait tiré de Jean Sévil­lia, Mora­le­ment cor­rect, 2007, page 21 de l’édi­tion poche chez Tem­pus.

mardi, 31 mars 2009

Carnet n°15 - L'école bananière



Si donc que le minis­tère vou­lut s’enqué­rir du niveau des élè­ves de CM2. Il com­mit donc des éva­lua­tions natio­na­les à faire pas­ser dans les éco­les pri­mai­res de la Répu­bli­que. Mathé­ma­ti­ques et fran­çais au pro­gramme. Bien sûr, comme nous som­mes en France, et qu’il ne sau­rait être ques­tion que les fonc­tion­nai­res sim­ple­ment obéis­sent, bon nom­bre de ces éva­lua­tions man­quent.

Pour être un peu plus exact, il man­que envi­ron 147 000 résul­tats sur les 700 000 atten­dus. Ce n’est pas loin du quart, tout de même…

Alors moi, je me pose la ques­tion. Quel cré­dit pour­rait-on accor­der à des résul­tats si lacu­nai­res ? Car on clai­ronne que le niveau n’est pas si mau­vais. Le direc­teur géné­ral de l’ensei­gne­ment sco­laire au minis­tère de l’Édu­ca­tion, Jean-Louis Nem­brini, pro­clame que « Notre école fait réus­sir beau­coup d’élè­ves ».

Per­son­nel­le­ment, je n’en doute pas. Et heu­reu­se­ment, aurais-je envie de dire, que l’école fait réus­sir beau­coup d’élè­ves. Je le cons­tate moi-même dans ma ZEP : j’ai des élè­ves, et ils sont assez nom­breux, qui tour­nent à 16 ou 17 sur 20 aux con­trô­les… Mais je me frotte les yeux d’incré­du­lité. On ignore tout des résul­tats qui ne sont pas par­ve­nus. (Ici vous trou­ve­rez les résul­tats par aca­dé­mie et dépar­te­ment, avec de beaux gra­phi­ques.) Où ces éva­lua­tions man­quan­tes auraient-elles dû être pas­sées, voilà la ques­tion ! Car si ce sont cel­les des quar­tiers chauds, on peut être cer­tain que la réa­lité est moins réjouis­sante que les brillan­tes sta­tis­ti­ques par­tout annon­cées…

Tout cela fait un peu répu­bli­que bana­nière, on ne devrait pas s’éton­ner, la Répu­bli­que n’étant déjà pas capa­ble de dénom­brer exac­te­ment ses fonc­tion­nai­res, on ne va pas lui deman­der de mesu­rer trop exac­te­ment le niveau de ses élè­ves. Mais comme on ne sait rien, je ne me lan­ce­rai pas dans d’impro­ba­bles con­jec­tu­res. Et si le niveau des futurs arri­vants au col­lège n’est pas si mau­vais, alors je ne puis que m’en réjouir. Je trouve tout de même mal­sain pour la rai­son qu’on nous demande de sau­ter de joie pour une étude aussi incom­plète. La réa­lité, c’est qu’on ignore le niveau exact des élè­ves de CM2. Pour­quoi ne pas sim­ple­ment dire que l’échan­tillon nous donne un aperçu encou­ra­geant ? Ce serait plus hon­nête.

Si, quoi qu’il en soit, l’Édu­ca­tion natio­nale pou­vait tirer parti de cette enquête pour mieux s’adap­ter aux élè­ves en dif­fi­culté, ce qu’elle ne fait que mal comme l’atteste la dégra­da­tion con­ti­nuelle du niveau des élè­ves les plus fai­bles, alors ce serait déjà une bonne chose. Elle pour­rait com­men­cer par revoir le dis­po­si­tif d’aide aux devoirs, qui est une belle et vaste fumis­te­rie.

Sour­ces :
Rédac­tion en ligne, « Plus du tiers des élè­ves de CM2 ont un très bon niveau », 31 mars 2009, Le point.
Jour­nal télé­visé de 20 heu­res du 30 mars 2009, sur TF1.