Carnets libéraux

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mercredi, 24 mars 2010

Carnet n°58 - Faut-il s'inquiéter des facultés cognitives des Français ?

Dans le billet pré­cé­dent, à pro­pos de la der­nière affaire Zem­mour, je m’inquié­tais de la situa­tion de la liberté d’expres­sion en France. Main­te­nant, je me fais un pro­fond souci pour les facul­tés cog­ni­ti­ves de mes con­ci­toyens.

Le mou­ron a com­mencé en écou­tant la réac­tion de Rachid Arhab, mem­bre du CSA, le super gen­darme de la télé­vi­sion et de la radio. Invité à France 5, dans l’émis­sion Media, le maga­zine, il a déclaré : « on peut être Arabe et éven­tuel­le­ment pas tra­fi­quant de dro­gue, on peut être au CSA. » Comme si les pro­pos de Zem­mour pou­vaient signi­fier qu’un Arabe, ou un Noir, n’avait d’autre pos­si­bi­lité que d’être un délin­quant !

On peut tor­dre la phrase de Zem­mour comme on veut, elle n’a abso­lu­ment pas ce sens ; Zem­mour l’a d’ailleurs fort bien sou­li­gné dans l’émis­sion de France Ô, L’Hebdo. Même Domi­ni­que Wol­ton s’était alors agacé, avec mau­vaise foi il est vrai, de ces pré­ci­sions… Il suf­fit de réé­cou­ter l’enre­gis­tre­ment (qua­trième vidéo).

Alors, je m’inter­roge : com­ment quelqu’un d’édu­qué et d’intel­li­gent comme Rachid Arhab peut-il com­met­tre un tel con­tre­sens ? Sur­tout qu’il n’est pas le seul. Lisez les com­men­tai­res de n’importe quel arti­cle publié sur le web à pro­pos de cet affaire, et vous ver­rez des gens écrire que les paro­les de Zem­mour suin­tent l’appel à la haine raciale en sug­gé­rant que tous les Ara­bes et tous les Noirs sont des délin­quants, ou, au choix, que les délin­quants noirs et ara­bes le sont parce que Noirs et Ara­bes.

La maî­trise de la lan­gue fran­çaise serait-elle tom­bée si bas qu’une phrase, pour­tant sim­ple, ne soit pas com­prise ?

Il faut le crain­dre, appa­rem­ment. Je me doute bien que, dans le lot, beau­coup aussi font exprès de ne pas com­pren­dre ; ils sont trop con­tents de pou­voir bro­car­der un “réac­tion­naire”. Ce fut exac­te­ment la même chose pour les mots de Sar­kozy : kär­cher et racailles. Je peine à croire que les pro­fes­sion­nels de l’indi­gna­tion n’avaient alors pas com­pris le sens exact de ces expres­sions ; je pense volon­tiers, en revan­che, qu’ils avaient par­fai­te­ment saisi tout le parti polé­mi­que qu’ils pou­vaient en tirer. Mais Je me sou­viens éga­le­ment de sim­ple qui­dams, inter­ro­gés par des jour­na­lis­tes de la télé sur le « kär­cher », et qui se scan­da­li­saient que l’on pût sug­gé­rer de laver des gens au kär­cher, alors que le mot vou­lait sim­ple­ment dire éra­di­quer la délin­quance de la cité des 4000

Mais mises à part la mal­hon­nê­teté cal­cu­la­trice et l’imbé­ci­lité nue, il y a une autre expli­ca­tion. Fon­da­men­ta­le­ment, pour toute une caté­go­rie de gens, intel­lec­tuels ou non, Zem­mour n’est idéo­lo­gi­que­ment pas com­pré­hen­si­ble. Quelle que soit la per­ti­nence ou la véra­cité de ses affir­ma­tions, elles ne sont tout sim­ple­ment pas intel­li­gi­bles pour eux parce qu’elles ne cadrent pas avec leur uni­vers men­tal, ni avec leur décou­page idéo­lo­gi­que du monde. Et c’est vrai­ment inquié­tant, cela mon­tre à quel point l’intel­li­gence com­mune est mitée par l’idéo­lo­gie.

Per­son­nel­le­ment, j’ai beau rare­ment m’accor­der avec Zem­mour (com­ment le pour­rais-je : il est anti-libé­ral), cela ne m’empê­che pas de cor­rec­te­ment sai­sir ce qu’il dit, c’est-à-dire de ne pas attri­buer d’autres signi­fi­ca­tions à ses pro­pos que cel­les qu’ils ont… Ce n’est fran­che­ment pas un exer­cice dif­fi­cile. Mais cela demande deux cho­ses : de chan­ger de mas­que pour com­pren­dre la logi­que adverse, d’avoir une bien­veillance mini­male – celle de refu­ser de tra­ves­tir par exprès les pro­pos d’autrui. Aussi, les incom­pré­hen­sions répé­tées dont Zem­mour fait l’objet mon­trent plu­sieurs cho­ses : le règne appau­vris­sant de l’idéo­lo­gie, le ren­for­ce­ment con­co­mi­tant de l’into­lé­rance, le rétré­cis­se­ment con­sé­cu­tif de l’espace démo­cra­ti­que du débat, lequel exige un mini­mum de fair play et d’hon­nê­teté. Par là peut-on sug­gé­rer que la liberté, en l’occur­rence d’expres­sion, n’est pas vaine pour l’entre­tien de facul­tés intel­lec­tuel­les.

mardi, 16 mars 2010

Carnet n°57 - État de la liberté d’expression en France

Ça y est. Ça devait arri­ver et c’est arrivé. La Licra va por­ter plainte con­tre Éric Zem­mour à cause de sa sor­tie dans l’émis­sion de Thierry Ardis­son, Salut les Ter­riens. Zem­mour avait en effet déclaré que « les Fran­çais issus de l’immi­gra­tion étaient plus con­trô­lés que les autres parce que la plu­part des tra­fi­quants sont noirs et ara­bes… C’est un fait ».

Bien sûr, on aura beau jeu de répon­dre qu’on ne peut rien savoir puis­que les sta­tis­ti­ques eth­ni­ques sont inter­di­tes. Cette igno­rance, savam­ment entre­te­nue, est bien com­mode pour ensuite crier au scan­dale et accu­ser les uns et les autres d’atti­ser les hai­nes racia­les. Mais si nous avions de tel­les sta­tis­ti­ques, ou bien Zem­mour aurait tort, et il ne pour­rait même pas avoir dit ce qu’il a dit, ou bien il aurait rai­son… La ques­tion, en somme, serait tran­chée et on pas­se­rait à autre chose.

Le vrai fond du pro­blème, de toute façon, n’est pas de savoir si Zem­mour dit juste ou pas. Ce qu’on lui repro­che, c’est d’avoir tenu des pro­pos racis­tes, de recy­cler, comme dit la Licra, « les vieilles lunes de l’extrême droite ». Zem­mour n’a pour­tant pas dit que tous les Noirs et tous les Ara­bes étaient des tra­fi­quants, ni que les Noirs et les Ara­bes étaient des tra­fi­quants parce que noirs et ara­bes, ce qui aurait cons­ti­tué d’authen­ti­ques pro­pos racis­tes. Il a sim­ple­ment spé­culé sur une réa­lité dont on nous inter­dit toute con­nais­sance objec­tive sous cou­vert de bonne cons­cience. Spé­cu­la­tion qui rend à son tour pos­si­ble tou­tes les spé­cu­la­tions sur le sup­posé racisme de Zem­mour. Pas dif­fi­cile de voir à quel point cette situa­tion est pour­rie.

En lieu et place d’un débat informé, nous obte­nons une con­fron­ta­tion de spé­cu­la­tions con­fu­ses. Et au lieu que la réa­lité objec­ti­ve­ment décrite et ana­ly­sée ne dépar­tage les uns et les autres, c’est le rap­port de force média­ti­que et légal qui tran­chera le débat. Mais quel débat peut-il y avoir si c’est la loi qui dit le vrai ?

Il faut donc s’arrê­ter quel­que peu sur cette inter­dic­tion des sta­tis­ti­ques eth­ni­ques. Car ce ban­nis­se­ment est révé­la­teur et symp­to­ma­ti­que du pour­ris­se­ment du débat public en France. Avec tous les effets per­vers que l’on peut atten­dre des res­tric­tions indues à la liberté.

En toute bonne logi­que, on ne peut expli­quer de manière satis­fai­sante la cen­sure dont font l’objet les sta­tis­ti­ques eth­ni­ques. On invo­que géné­ra­le­ment la crainte de l’usage que les racis­tes pour­raient en faire. Pour­tant, là non plus il n’y a pas trente-six pos­si­bi­li­tés. Ou bien de tel­les sta­tis­ti­ques ne révè­le­ront pas une sur­dé­lin­quance des Fran­çais issus de l’immi­gra­tion récente, et dans ce cas nulle crainte que les racis­tes ne les uti­li­sent ; ou bien elles mon­tre­ront au con­traire l’exis­tence d’une pareille sur­dé­lin­quence, et dans ce cas vou­loir les cacher cons­ti­tue déjà un début d’aveu…

En d’autres ter­mes, ce sont les res­tric­tions à la liberté d’expres­sion et au savoir qui créent les Éric Zem­mour et, plus géné­ra­le­ment, tous ceux dont les cen­seurs ne peu­vent souf­frir l’exis­tence. Les années « d’anti-racisme », tra­gi­que­ment sol­dées par les pré­si­den­tiel­les de 2002, sem­blent, mal­heu­reu­se­ment, n’avoir rien appris à per­sonne. Com­ment en aurait-il pu être autre­ment, d’ailleurs ? Con­clure, en disant qu’il serait temps de pren­dre cons­cience de la situa­tion pré­ju­di­cia­ble de la liberté d’expres­sion en France et d’appe­ler à un sur­saut, peut sem­bler ten­tant. Ce serait bien naïf en fait. Car c’est ini­ma­gi­na­ble le nom­bre de ceux, y com­pris et sur­tout chez les bel­les âmes démo­cra­ti­ques, qui trou­vent leur inté­rêt poli­ti­que, idéo­lo­gi­que ou social dans la limi­ta­tion de la liberté. Au delà du cas Zem­mour, c’est bien cette triste réa­lité que cette affaire rap­pelle.

jeudi, 21 janvier 2010

Carnets n°45 - Divers

En ce moment, les tui­les me tom­bent des­sus comme sur la tête des sol­dats un cer­tain jour de juin 1788 à Gre­no­ble… Pour com­men­cer, j’ai eu un acci­dent de voi­ture à cause de la neige la semaine der­nière (rien de bien grave, mais un bon petit malus et un capot à refaire). Ensuite, j’ai crevé un pneu en allant tra­vailler ce matin. Enfin, j’ai oublié le pâtes sur le feu en rédi­geant ce billet…

Bref.

Je pro­fite juste de la grève d’aujourd’hui, que je n’ai pas faite et que peu de mes col­lè­gues ont sui­vie, pour indi­quer un petit billet fort sym­pa­thi­que avec le SNES.

J’ajoute éga­le­ment une petite pen­sée émue pour Cathy Sar­raï, alias Super Nanny, qui nous a quitté hier à seu­le­ment 47 ans. Nulle iro­nie dans ces paro­les, ni aucun humour déplacé. Ça peut paraî­tre bizarre mais je trou­vais qu’elle était un per­son­nage très sym­pa­thi­que du PAF. J’aimais bien regar­der de temps en temps son émis­sion, quoi que j’ai pu en pen­ser par ailleurs…

Le plus amu­sant c’est que nom­bre de mes col­lè­gues ont réagi de la même façon. Quant aux élè­ves, n’en par­lons même pas…

vendredi, 8 janvier 2010

Carnet n°42 - Le Portugal ? Qui l'eut cru !

Finie la cari­ca­ture du gros Por­tu­gais poilu et macho ? En tout cas le Por­tu­gal sem­ble sur le point de léga­li­ser le mariage d’homo­sexuels. Après la Bel­gi­que, l’Espa­gne, Les Pays-Bas, la Nor­vège et la Suède, le Por­tu­gal devien­drait ainsi le sixième pays euro­péen à recon­naî­tre les épou­sailles d’inver­tis.

C’est une bonne nou­velle, car il n’existe pas de bon­nes rai­sons pour qu’un État, quel qu’il soit, décide de qui peut épou­ser qui, tant que ce sont deux adul­tes con­sen­tants, tout en en pro­fi­tant pour faire tout un tas de dif­fé­ren­ces léga­les. C’est aussi une bonne chose que la pro­po­si­tion de refe­ren­dum, faite par l’oppo­si­tion, ne soit pas pas­sée. Car ce n’est pas davan­tage l’affaire des gens que de savoir qui se mar­rie avec qui. (Et c’est jus­te­ment parce que ce n’est pas l’affaire des gens que ça ne peut pas être celle de l’État, d’ailleurs.)

L’Église catho­li­que peut, elle, fort bien refu­ser de marier des homo­sexuels. C’est par­fai­te­ment natu­rel, cela étant con­traire à ses croyan­ces ; croyan­ces qu’elle seule peut déci­der de faire évo­luer ou pas. Je trouve fran­che­ment puants ceux qui s’en pren­nent à elle, en l’accu­sant d’être rétro­grade parce qu’elle refuse de marier les pédé­ras­tes. Cette manie idiote de n’avoir qu’une lec­ture pro­gres­siste des droits humains, c’est mon­trer n’avoir rien com­pris et c’est adop­ter, sou­vent, une atti­tude bien plus into­lé­rante et rétro­grade que celle que l’on prête à l’Église.

Soit dit en pas­sant, l’atti­tude quel­que peu revan­charde du Pre­mier minis­tre por­tu­gais (« Cette loi vise à répa­rer des décen­nies d’injus­ti­ces fai­tes aux homo­sexuels ») est aussi assez ridi­cule dans son genre…

mercredi, 2 décembre 2009

Carnet n°35 - Vous reprendrez bien du petit-suisse ?

Que dire à pro­pos de l’affaire de mina­rite aigüe qui agite la Suisse et, par onde de choc, la France et le reste de l’Europe ? Je com­men­ce­rai en disant qu’il faut savoir rai­son gar­der et res­ti­tuer les cho­ses dans leur juste pro­por­tion.

D’abord, il ne s’agit que de l’inter­dic­tion de la cons­truc­tion de mina­rets sup­plé­men­tai­res ; il n’est pas prévu de démo­lir les qua­tre déjà exis­tants, du moins je n’ai rien appris de cette sorte. Il ne s’agit pas davan­tage d’inter­dire les mos­quées et l’islam. C’est cer­tes une atteinte à la liberté de cons­cience, mais ce n’est qu’un coup de canif et non un mas­sa­cre à la tron­çon­neuse. Les cries d’orfraies et les lamen­ta­tions péni­bles sur le retour des heu­res les plus som­bres de notre his­toire seraient plus que mal­ve­nus.

Ensuite, et je suis las de le lire et de l’enten­dre sans arrêt, ce ne sont pas 57,5% des Suis­ses qui ont voulu l’inter­dic­tion de nou­veaux mina­rets : ce sont 57,5% des suf­fra­ges expri­més. Ce qui oblige à viser le taux de par­ti­ci­pa­tion, qui ne fut que de 50%. En résumé nous avons : plus du demi de la moi­tié du corps élec­to­ral s’est pro­noncé pour l’arrêt de la cons­truc­tion de mina­rets. Autre­ment cal­culé : plus du quart des citoyens suis­ses a voté con­tre la pour­suite de l’érec­tion de mina­rets dans leur pays. Vingt-cinq et quel­ques pour­cents, c’est loin d’être un tsu­nami d’isla­mo­pho­bie…

En pas­sant, cela expli­que fort aisé­ment le déca­lage entre les son­da­ges d’avant vote et les résul­tats du refe­ren­dum. J’ose ima­gi­ner que de nom­breux Suis­ses ne sont pas allés voter car ils étaient per­sua­dés, comme on le leur avait seriné, que la pro­po­si­tion de l’UDC serait reje­tée. Si c’est bien ce qui s’est passé, alors le poids des anti-mina­rets s’en est méca­ni­que­ment trou­vée ren­for­cée dans le suf­frage.

On aura beau jeu de dénon­cer l’hypo­cri­sie d’une cer­taine élite bien-pen­sante (même si le terme est ter­ri­ble­ment gal­vaudé et que l’on est, tou­jours, le bien-pen­sant de quelqu’un) pour qui la démo­cra­tie ne vaut que lorsqu’elle donne les résul­tats qui lui con­vien­nent. Pour ces gens-là, la démo­cra­tie n’est pas l’expres­sion de la majo­rité, mais un moyen de faire con­fir­mer par la popu­lace les idées brillan­tes de l’avant-garde. Beau dévoie­ment…

Cela étant posé, que dire du résul­tat lui-même ?

A mon hum­ble avis, c’est une mau­vaise chose. Je me demande vrai­ment en quoi inter­dire les mina­rets empê­che­rait les bar­bus de vitu­pé­rer con­tre l’Occi­dent infi­dèle du haut de leur min­bar ni d’our­dir leurs noirs com­plots d’isla­mi­sa­tion uni­ver­selle… Sur Fran­çois Desou­che, j’ai écouté un débat avec Yvan Riou­fol : pour lui, les mina­rets sont le sym­bole con­qué­rant d’un islam poli­ti­que extré­miste. C’est pro­pre­ment ridi­cule ! Je crains aussi que pareil fait ne rende plus dif­fi­cile encore la posi­tion des musul­mans éclai­rés qui enga­gent la lutte intel­lec­tuelle con­tre les inté­gris­tes.

Deux ensei­gne­ments peu­vent être tirés de cette his­toire.

En pre­mier lieu que la démo­cra­tie c’est de la merde en barre. Car elle ne garan­tit en rien la pro­tec­tion des droits indi­vi­duels et que le sort des mino­ri­tés n’est pas cer­tain – or cela seul compte. Ici, nous avons bien une mino­rité qui vient d’ampu­ter une mino­rité encore plus petite d’une frac­tion de ses droits légi­ti­mes (même si, je le répète, nous ne vivons pas une nou­velle nuit de Cris­tal). Au moins cette affaire rap­pelle-t-elle oppor­tu­né­ment que la démo­cra­tie est le droit uni­ver­sel accordé à tous de se mêler de l’assiette du voi­sin. Que pou­vait-on atten­dre d’un sys­tème aussi immo­ra­le­ment vicieux ?

En second lieu, à force de vou­loir nier le passé, voilà qu’il fait un beau retour de boo­me­rang. Ainsi, dans le débat avec Riou­fol, Anthony Bel­lan­ger, son con­tra­dic­teur, dit que l’Europe n’est pas un creu­set chré­tien et que c’est pour cela que la Cons­ti­tu­tion euro­péenne ne parle pas du chris­tia­nisme. Ce n’est pas cho­quant si l’on veut faire de l’Union euro­péenne une ins­ti­tu­tion laï­que (la cons­ti­tu­tion de 1958, celle notre pré­sente répu­bli­que, n’évo­que par la reli­gion chré­tienne…). Mais ça l’est dans une pers­pec­tive his­to­ri­que : long­temps, en effet, Europe et Chré­tienté se con­fon­di­rent. Tant de siè­cles pas­sés ont forgé des tra­di­tions, des habi­tu­des, bref une iden­tité. Mais cer­tains bien-pen­sants font mine qu’une telle iden­tité n’existe pas ou qu’elle serait une abo­mi­na­tion à extir­per si elle exis­tait. Pro­blème : on ne façonne pas à sa guise les mas­ses humai­nes mises en branle par des siè­cles d’his­toire (à moins de s’appe­ler, par exem­ple, Sta­line, mais je doute que beau­coup reven­di­quent la parenté). C’est comme cela et on peut le déplo­rer, mais c’est ainsi que vont les cho­ses.

vendredi, 9 octobre 2009

Carnet n°33 - Décevant Finkie !

Deux vidéo de Fin­kiel­kraut qui s’exprime sur France Inter à pro­pos de l’affaire Polanski, suivi d’un débat tendu avec Yves Michaud.





Je par­tage bien cer­tains de ses argu­ments. Par exem­ple, je veux bien que Polanski ne soit pas un pédo­phile. D’après ce que je sais, la pédo­phi­lie con­siste à ce qu’un adulte ait une atti­rance sexuelle pour un enfant, c’est-à-dire une per­sonne non pubère. D’ailleurs, je crois savoir que le mot même de pédo­phi­lie n’existe pas dans la loi (fran­çaise du moins), car celle-ci ne sanc­tionne pas les goûts, les atti­ran­ces, les fan­tas­mes sexuels, mais les pas­sa­ges à l’acte. Or, la vic­time de Polanski avait 13 ans, elle était donc pubère. Polanski n’est cer­tai­ne­ment pas un Marc Dutroux.

Je le suis éga­le­ment lorsqu’il veut dénon­cer ce déchaî­ne­ment bien tar­dif con­tre le cinéaste, alors que l’affaire est con­nue depuis le début. C’est bien arti­fi­ciel et il faut veiller à pren­dre garde à l’effet d’ana­chro­nisme pro­vo­qué par l’évo­lu­tion des sen­si­bi­li­tés (ce qu’Yves Michaud ne fait pas assez à mon goût). Néan­moins, j’ai beau­coup de mal à en con­clure que Polanski puisse échap­per à une pro­cé­dure judi­ciaire. Ce n’est donc pas par res­sen­ti­ment démo­cra­ti­que que moi, en tout cas, je ne prends pas la défense du cinéaste. (D’ailleurs, je trouve assez flip­pant le délire de Fin­kie sur l’élite…)

Vers la fin du débat, Fin­kiel­kraut mon­tre peu de com­pé­tence juri­di­que : lisez Maî­tre Eolas pour savoir pour­quoi la France accueillit le fugi­tif sans jamais l’avoir extradé ensuite.

Mais ce qui me déçoit le plus, c’est la pathé­ti­que invo­ca­tion de la vie pas­sée de Polanski : res­capé du Ghetto, orphe­lin de mère, vic­time du com­mu­nisme, meur­tre de Sha­ron Tate, etc. Je ne vois pas le rap­port… La com­pa­rai­son avec Michael Jack­son me sem­ble aussi limi­tée. Cer­tes oui la célé­bra­tion de feu Bambi fit l’impasse sur les affai­res lou­ches. Néan­moins, cha­cun savait que Michael Jack­son n’avait pas l’esprit très net et puis c’est son génie musi­cal qui fut célé­bré, pas le reste. Pareille­ment, rien n’enlève à Polanski son talent de cinéaste et je ne serai jamais cho­qué qu’on célè­bre son art, même si per­son­nel­le­ment je con­nais peu son œuvre.

Bref, j’ai trouvé Fin­kie bien infé­rieur à lui-même. Je pré­fère quand il parle des ban­lieues.

mercredi, 2 septembre 2009

Carnet n°25 - La diva mythomane et l'ogresse aux lèvres roses

J’aurais pu titrer : le renou­veau de la poli­ti­que par les fem­mes. Car il y a quel­ques années, moins aujourd’hui il est vrai, de nom­breu­ses fem­mes poli­ti­ques n’hési­taient pas à nous expli­quer que les fem­mes allaient révo­lu­tion­ner la poli­ti­que. Car, voyez-vous, les fem­mes ne sont pas des hom­mes, elles n’ont pas l’ambi­tion du pou­voir (du tout), s’inté­res­sent réel­le­ment aux pro­blè­mes con­crets des gens et ont véri­ta­ble­ment à cœur de trou­ver des solu­tions… Bref, en poli­ti­que, les hom­mes sont des bran­qui­nio­les, alors que les fem­mes, c’est du sérieux !

Ce dis­cours était la resuée de la rédemp­tion pro­lé­ta­rienne dans le domaine de la poli­ti­que. Et l’on était prié de ne pas y voir un argu­men­taire de com­bat, dont le but était, pré­ci­sé­ment, d’obte­nir le pou­voir… La chose était drôle, mais si exas­pé­rante qu’on ne pou­vait en rire.

Tou­te­fois, les cho­ses chan­gent et grâce à nos sal­tim­ban­ques de poli­ti­cien­nes, désor­mais, on peut se poi­ler fran­che­ment.

Ainsi, Ségo­lène Royal se pré­vaut faus­se­ment d’un rôle émi­nent auprès du PNUD. Faut-il que cette femme soit si vide pour don­ner dans des pro­cé­dés si ridi­cu­les ? Ah, que ne ferait-elle pour l’atten­tion des média ! Je sais bien que l’exer­cice poli­ti­que impli­que une bonne grosse dose de mytho­ma­nie, mais, géné­ra­le­ment, cela se fait avec plus d’élé­gance.

Ne cognons pas trop cepen­dant sur la diva mytho­mane. Car à droite aussi on a son lot de renou­vel­le­ment poli­ti­que par les fem­mes. Ainsi, Rose­lyne Bache­lot, dont l’appé­tit est celui d’un ogre, se con­si­dère « Tout à fait capa­ble d’être minis­tre et pré­si­dente de région »… Ah, le cumul des cas­quet­tes, quoi de mieux pour véri­ta­ble­ment ne pas ambi­tion­ner le pou­voir, s’inté­res­ser vrai­ment aux pro­blè­mes des vrais gens et leur cher­cher des véri­ta­bles solu­tions… La belle se jus­ti­fie par l’exem­ple de ses pairs mas­cu­lins : « J’ai un cer­tain nom­bre de col­lè­gues au gou­ver­ne­ment qui sont pré­si­dents de con­seils géné­raux, qui sont mai­res de gran­des vil­les et qui, je crois, font très cor­rec­te­ment leur tra­vail ». C’est sûr, imi­tons, imi­tons, il en res­tera tou­jours quel­que chose, et c’est la voix la plus sûre du chan­ge­ment poli­ti­que !

Bref, le spec­ta­cle de la poli­ti­que est un amu­se­ment cons­tant, c’est à se deman­der com­ment font tant de gens pour avoir encore besoin de s’abru­tir devant la télé­vi­sion !

mardi, 7 avril 2009

Carnet n°17 - La malhonnêtetude en action

Grosse fati­gue en ce moment. Les vacan­ces de Pâques appro­chent, elles ne seront pas de trop, tant je lutte par­fois pour ne pas m’endor­mir sur place… J’ai trouvé mal­gré tout assez d’éner­gie pour réa­gir au dis­cours de Dakar que Ségo­lène Royal a pro­noncé en réponse au dis­cours que Nico­las Sar­kozy avait tenu, dans la même ville, en 2007.

À l’épo­que, je n’avais pas vrai­ment suivi la polé­mi­que pro­vo­quée par ce dis­cours. J’avais vague­ment entendu que Nico­las Sar­kozy avait dit que l’homme afri­cain n’était pas entrée dans l’his­toire, que cela avait été jugé colo­nia­liste, voire raciste, en tout cas mépri­sant, et que c’était sur­tout la faute du méchant Guaino. Enfin, c’était beau­coup de polé­mi­que pour un bien petit verre d’eau, comme assez sou­vent quand il s’agit de Sar­kozy.

Ségo­lène Royal s’est excu­sée « pour ces paro­les humi­lian­tes et qui n’auraient jamais dû être pro­non­cées et - je vous le dis en con­fi­dence - qui n’enga­gent ni la France ni les Fran­çais ». Je suis bien heu­reux qu’on rap­pelle que les pro­pos d’un diri­geant n’enga­gent rien du sen­ti­ment intime de la popu­la­tion ; du moins le lien n’est pas auto­ma­ti­que. On pour­rait s’étran­gler de rire de voir Ségo­lène Royal s’excu­ser pour des mots qui ne sont pas les siens et qui, de son pro­pre aveux con­fi­dent, ne l’enga­gent pas elle-même, puisqu’ils n’enga­gent pas les Fran­çais.

Je n’en ferai rien pour une rai­son très sim­ple : il s’agit tout bon­ne­ment d’une figure de rhé­to­ri­que. On peut trou­ver le pro­cédé un peu plat, mais il n’est pas mal­hon­nête. Ségo­lène ne s’excuse pas vrai­ment, elle exprime sim­ple­ment par là qu’elle rejette les pro­pos du pré­si­dent de la Répu­bli­que.

Ces pro­pos, ces fameux pro­pos, quels sont-ils au juste ?

Si l’on en croit Ségo­lène, Nico­las aurait dit que les Afri­cains n’étaient pas entrés dans l’His­toire : « Quelqu’un est venu ici vous dire que l’homme afri­cain n’est pas encore entré dans l’His­toire. » Or, si l’on lit le dis­cours de Nico­las Sar­kozy, voici ce que l’on trouve :

Le drame de l’Afri­que, c’est que l’homme afri­cain n’est pas assez entré dans l’his­toire. Le pay­san afri­cain, qui depuis des mil­lé­nai­res, vit avec les sai­sons, dont l’idéal de vie est d’être en har­mo­nie avec la nature, ne con­naît que l’éter­nel recom­men­ce­ment du temps rythmé par la répé­ti­tion sans fin des mêmes ges­tes et des mêmes paro­les.

Dans cet ima­gi­naire où tout recom­mence tou­jours, il n’y a de place ni pour l’aven­ture humaine, ni pour l’idée de pro­grès.

Dans cet uni­vers où la nature com­mande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’his­toire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immo­bile au milieu d’un ordre immua­ble où tout sem­ble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’ave­nir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sor­tir de la répé­ti­tion pour s’inven­ter un des­tin.

Le pro­blème de l’Afri­que et per­met­tez à un ami de l’Afri­que de le dire, il est là. Le défi de l’Afri­que, c’est d’entrer davan­tage dans l’his­toire. C’est de pui­ser en elle l’éner­gie, la force, l’envie, la volonté d’écou­ter et d’épou­ser sa pro­pre his­toire.

Donc, selon Nico­las Sar­kozy, l’homme afri­cain « n’est pas assez ren­tré dans l’his­toire », il devrait par con­sé­quent s’effor­cer « d’entrer davan­tage » dans cette his­toire. On pour­rait dis­cu­ter à l’infini du bien­fondé d’une telle asser­tion, force est de cons­ta­ter que Nicols Sar­kozy n’a pas dit que les Afri­cains étaient res­tés sur le bord du sen­tier de l’His­toire uni­ver­selle.

Une rapide exé­gèse de cet extrait sem­ble indi­quer que Sar­kozy vou­lait tout sim­ple­ment dire que la men­ta­lité d’un trop grand nom­bre d’Afri­cains était encore trop tra­di­tion­nelle, et que cette tra­di­tion était un obs­ta­cle aux pro­grès de l’éco­no­mie du con­ti­nent. Il oppose très clai­re­ment deux con­cep­tions du temps. L’une, cir­cu­laire, est l’éter­nel recom­men­ce­ment des sai­sons et des épo­ques. Cette vision tient le pro­grès impos­si­ble, car la nou­veauté n’a pas sa place dans la répé­ti­tion éter­nelle du monde. L’autre, au con­traire, est pro­gres­siste, elle croit en un temps linéaire et ascen­dant. Ce temps est qua­li­ta­ti­ve­ment posi­tif car il est con­vaincu que l’après finira tou­jours meilleur que l’avant.

Cette dis­tinc­tion est clas­si­que, elle n’a rien, en elle-même, qui soit raciste ou mépri­sant. On notera tou­te­fois que la con­cep­tion cycli­que du temps ne pré­vient pas l’appa­ri­tion de chan­ge­ments et d’amé­lio­ra­tions. Il ne s’agit pas de décrire une réa­lité exacte, mais une sorte de phi­lo­so­phie du monde. Dans la tra­di­tion, toute amé­lio­ra­tion se paie, tôt ou tard, ici ou là-bas, d’une dété­rio­ra­tion qui la con­tre­ba­lance et ramène le solde à zéro. La moder­nité fait foi que le monde n’est pas fini, mais qu’il est exten­si­ble qua­si­ment à l’infini. Un tel opti­misme favo­rise cer­tai­ne­ment les inven­tions et inno­va­tions, donc la crois­sance, mais l’homme n’a jamais cessé d’amé­lio­rer peu à peu ses tech­ni­ques.

En revan­che, on peut tenir pour colo­nia­liste la place que tient cette dis­tinc­tion dans l’éco­no­mie géné­rale du dis­cours. Sar­kozy cher­che à faire pren­dre aux Afri­cains une part de res­pon­sa­bi­lité dans le sous-déve­lop­pe­ment de leur con­ti­nent. Cer­tes oui, com­mence-t-il par dire, il y eut la traite et la colo­ni­sa­tion. Mais la colo­ni­sa­tion, c’est aussi le sur­gis­se­ment, en Afri­que, de l’idée de pro­grès, c’est l’irrup­tion de la moder­nité dans un con­ti­nent qui ne la con­nais­sait pas. Le dis­cours ne nie pas la bru­ta­lité de cette irrup­tion, mais il veut dire que cette moder­nité est un héri­tage que les Afri­cains négli­gent de faire fruc­ti­fier, soit par une trop grande délec­ta­tion dans le vic­ti­misme his­to­ri­que, soit par une emprise trop grande de la pen­sée tra­di­tion­nelle. Voilà, en somme, des pesan­teurs qui frei­nent le dyna­misme humain du con­ti­nent, l’empê­chant de pren­dre le pré­sent à bras le corps, d’agir ici et main­te­nant, de pren­dre le train en mar­che du pro­grès. S’arc-bou­ter sur le passé n’est pas se tour­ner vers l’ave­nir, ce n’est pas une bonne façon de cher­cher le pro­grès.

Rien de bien ren­ver­sant, fina­le­ment, même si l’on vou­lait chi­po­ter sur la colo­ni­sa­tion comme sur­gis­se­ment de la moder­nité en Afri­que. Ségo­lène ne doit pas avoir grand chose à dire, pour rebon­dir avec si peu de déli­ca­tesse sur une polé­mi­que aussi vaine.

Enfin… le monde poli­ti­que, pas plus que le monde média­ti­que, n’est le royaume de la rigueur et de l’hon­nê­teté intel­lec­tuelle. Cela non plus, ce n’est mal­heu­reu­se­ment ni nou­veau, ni ren­ver­sant.

Source :
Char­lotte Chaf­fan­jon, « Ségo­lène Royal demande “par­don” aux Afri­cains pour le dis­cours de Sar­kozy à Dakar », Le Point, 7 avril 2009.

mercredi, 25 mars 2009

Carnet n°13 - Enfin un chouillat d'honnêteté journalistique

J’ai été très sur­pris, ce matin, en con­sul­tant la site du Figaro de voir qu’un peu d’hon­nê­teté avait fini par per­cer l’épaisse mau­vaise foi dont les média avaient fait preuve à pro­pos du pape. Mais il faut voir la façon quel­que peu alam­bi­quée que Le Figaro suit pour annon­cer la chose.

Ainsi, voici la cap­ture de l’écran qu’on pou­vait voir ce matin :



Vous lisez, comme moi, le titre : « Sida : le Vati­can recon­naît l’effi­ca­cité du pré­ser­va­tif ». Vous vous dites donc que, sub­mergé par le flot des cri­ti­ques bien fon­dées, le pape est revenu sur ses pro­pos, qu’il a fait amende hono­ra­ble et que, retour­nant tout péni­tent de Canossa, il est parti réci­ter cinq Pater nos­ter dans sa cham­bre…

Alors, vous vou­lez lire l’arti­cle. Vous cli­quez sur le titre, et voici ce que vous trou­vez.

D’abord, le titre change et devient « Sida : l’Église ne pros­crit pas le pré­ser­va­tif », comme vous pou­vez le cons­ta­ter sur la copie d’écran sui­vante.



Vous con­vien­drez que ce n’est pas tout à fait la même chose. Point de vue rigueur, on a fait mieux. Ce n’est tou­te­fois pas le plus grave.

Si vous regar­dez le texte écrit en gris, sous la pho­to­gra­phie de la seconde cap­ture d’écran, vous lirez :

L’Osser­va­tore Romano rend publi­que une étude, menée en Ouganda, met­tant en évi­dence l’effi­ca­cité du pré­ser­va­tif dans la lutte con­tre la mala­die.



Et là, paf ! Vous êtes per­suadé que l’Église a dû rava­ler sa fierté domi­na­trice et mal pla­cée devant la preuve scien­ti­fi­que de l’inep­tie papale. Alors, vous lisez avec plus d’avi­dité encore la suite de l’arti­cle.

La nou­velle peut sur­pren­dre après la polé­mi­que ouverte par Benoît XVI lors de son voyage en Afri­que, mais l’Église catho­li­que admet impli­ci­te­ment le pré­ser­va­tif pour lut­ter con­tre le sida. Son com­bat - tota­le­ment incom­pris - con­siste à dire que ce moyen ne suf­fit pas, à lui seul, pour endi­guer l’épi­dé­mie. Le quo­ti­dien offi­ciel du Saint-Siège, l’Osser­va­tore Romano, vient de le con­fir­mer publi­que­ment en admet­tant l’effi­ca­cité pro­phy­lac­ti­que du pré­ser­va­tif à con­di­tion qu’il soit asso­cié à d’autres fac­teurs.



Et là, quelle décep­tion ! En fait, l’Église n’a jamais voulu dire plus que la chose sui­vante : le pré­ser­va­tif ne suf­fit pas, à lui seul, pour résou­dre le pro­blème du sida en Afri­que. Divine révé­la­tion ! Le mes­sage papal est incom­pris…

Pour­tant, tout me sem­ble très clair dans cette fameuse réponse de Benoît XVI, celle qui a déclen­ché toute cette ire aussi sotte qu’inu­tile. Reli­sons-la pour bien véri­fier :

Je dirais que l’on ne peut vain­cre ce pro­blème du sida uni­que­ment avec des slo­gans publi­ci­tai­res. S’il n’y a pas l’âme, si les Afri­cains ne s’aident pas, on ne peut résou­dre ce fléau en dis­tri­buant des pré­ser­va­tifs : au con­traire, cela ris­que d’aug­men­ter le pro­blème. On ne peut trou­ver la solu­tion que dans un dou­ble enga­ge­ment : le pre­mier, une huma­ni­sa­tion de la sexua­lité, c’est à dire un renou­veau spi­ri­tuel et humain qui impli­que une nou­velle façon de se com­por­ter l’un envers l’autre, et le second, une ami­tié vraie, sur­tout envers ceux qui souf­frent, la dis­po­ni­bi­lité à être avec les mala­des, au prix aussi de sacri­fi­ces et de renon­ce­ments per­son­nels. Ce sont ces fac­teurs qui aident et qui por­tent des pro­grès visi­bles



Je ne sais pas pour vous, mais tout est lim­pide pour moi : il faut avoir un com­por­te­ment sexuel rai­son­na­ble et aider les mala­des… Je ne com­prends vrai­ment pas où les média ont trouvé assez de mau­vaise foi pour ren­dre incom­pré­hen­si­bles des pro­pos d’une aussi grande clarté bibli­que…

Le reste de l’arti­cle détaille un peu cette étude évo­quée par l’Osser­va­tore Romano. Il s’agit du pro­gramme ABC déve­loppé en Ouganda et qui a obtenu de bons résul­tats ; A pour Abs­tain, B pour Be fai­th­full et C pour if you must, use a Con­dom, en fran­çais : abs­ti­nence, fidé­lité et, si néces­saire, capote.

L’Église n’aime pas le pré­ser­va­tif en géné­ral car, à ses yeux, il encou­rage la for­ni­ca­tion. Or, la for­ni­ca­tion est un péché. On ne va tout de même pas deman­der au pape d’encou­ra­ger le péché ! En revan­che, il est évi­dent que, même pour l’Église, si péché il doit y avoir, alors autant qu’il se fasse avec le moin­dre dom­mage pour la santé. Sur le sujet plus spé­ci­fi­que du sida, L’Église pointe juste que le pré­ser­va­tif n’est pas une pro­tec­tion sure à cent pour cent et que, donc, il ne peut suf­fire sans un chan­ge­ment des com­por­te­ments sexuels (chan­ge­ment obtenu en Ouganda avec des résul­tats pro­bants, si l’on en croit l’étude sur le pro­gramme ABC).

Je salue l’arti­cle du Figaro, mais je m’étonne de la manière quel­que peu com­pli­quée dont l’infor­ma­tion est com­mu­ni­quée. Pour­quoi ce chan­ge­ment de titre ? Pour­quoi des titres et un cha­peau d’arti­cle insis­tant sur l’idée que l’Église recon­naît l’effi­ca­cité du pré­ser­va­tif, alors qu’elle ne l’a jamais nié et que l’infor­ma­tion essen­tielle est qu’elle juge le pré­ser­va­tif utile mais à con­di­tion d’être accom­pa­gné d’une mora­li­sa­tion de la vie sexuelle ? Pour­quoi atté­nuer l’idée que c’est cette mora­li­sa­tion qui importe le plus à l’Église ? On sent bien là la volonté de sau­ver la face et de rat­tra­per d’une manière ou d’une autre ce qui con­vient à l’esprit pro­gres­siste et jouis­seur de notre temps. Autre­ment dit, du moment que l’Église recon­naît l’uti­lité de la déesse capote, tout va bien.

Source :
Jean-Marie Gué­nois, « Sida : l’Église ne pros­crit pas le pré­ser­va­tif », Le Figaro, 24 mars 2009.

lundi, 23 mars 2009

Carnet n°12 - Le beau résultat



Et voilà, selon un son­dage Ifop, 43% des catho­li­ques inter­ro­gés sou­hai­te­raient le départ de Benoît XVI… L’arti­cle du Point qui se fait l’écho de ce son­dage pose même la ques­tion : le pape peut-il démis­sion­ner ?

Chloé Durand-Parenti, l’auteur de l’arti­cle, écrit que « La levée de l’excom­mu­ni­ca­tion de qua­tre prê­tres inté­gris­tes (parmi les­quels l’évê­que néga­tion­niste Richard William­son), l’excom­mu­ni­ca­tion d’une Bré­si­lienne suite à l’avor­te­ment de sa fille de 9 ans enceinte de jumeaux à l’issue d’un viol, ainsi que les der­niers pro­pos du pape sur les pré­ser­va­tifs en Afri­que, qui selon lui “aug­men­tent le pro­blème” du Sida, ont lar­ge­ment terni l’image de Benoît XVI. ». Pour ma part, je dirais plu­tôt que la levée de l’excom­mu­ni­ca­tion de prê­tres inté­gris­tes, l’excom­mu­ni­ca­tion d’une mère et de méde­cins Bré­si­liens et les pro­pos sur pré­ser­va­tifs et le sida, tels que rela­tés par les jour­na­lis­tes fran­çais, ont lar­ge­ment terni l’image du pape.

Mais les média ne sem­blent pas pres­sés de met­tre un peu d’eau dans leur vin et de recon­naî­tre leurs erreurs. Pour­quoi, d’ailleurs, le feraient-ils ? Ins­til­ler le doute dans l’esprit des catho­li­ques, n’est-ce pas le but désiré ? Quelle vic­toire se serait, pour tous les pro­gres­sis­tes soi-disant amis de l’Homme, si Benoît XVI abdi­quait !

Je ne revien­drais pas sur les sui­tes de l’affaire, ni sur la lamen­ta­ble démons­tra­tion d’imbé­ci­lité pro­vo­cante de mili­tants d’extrême gau­che sur le par­vis pari­sien de Notre-Dame. D’autres par­lent de tout cela avec une plus grande per­fec­tion que je ne le ferai jamais.

dimanche, 22 mars 2009

Carnet n°11 - Une journée pour les jupes

Ven­dredi soir, Arté a dif­fusé, en avant-pre­mière, La Jour­née de la jupe. Ce film, réa­lisé par Jean-Paul Lilien­feld met en scène Isa­belle Adjani sous les traits d’un pro­fes­seur de fran­çais per­sé­cu­tée par ses élè­ves dans un col­lège pour le moins dif­fi­cile de ban­lieue. Un jour, alors qu’elle tente péni­ble­ment de faire cours sur une pièce de Molière, elle décou­vre que deux élè­ves, deux peti­tes frap­pes en réa­lité, ont apporté une arme à feu. S’ensuit une prise d’otage impro­vi­sée par le pro­fes­seur…

Ce n’est cer­tai­ne­ment pas un chef-d’œuvre mais, puisqu’on pense immé­dia­te­ment à le com­pa­rer à Entre les murs de Bégau­deau, je l’ai trouvé bien plus réa­liste - si l’on met de côté l’invrai­sem­blance de la prise d’otage.

Je dois dire que je n’ai pas vu le film de Bégau­deau. C’est qu’une col­lé­gienne qui lit La Répu­bli­que de Pla­ton, c’est encore moins vrai­sem­bla­ble qu’un pro­fes­seur pre­nant toute sa classe en otage. Et un ensei­gnant qui laisse cette élève dire « c’est pas un livre de pétasse », cela m’afflige.

Adjani, au moins, se bat dure pour obte­nir la dis­ci­pline. Elle ne cède pas. Ça res­sem­ble assez à ce que je dois faire. Le com­por­te­ment des élè­ves est bien rendu : l’agi­ta­tion, les invec­ti­ves per­ma­nen­tes… Bien sûr, le film en rajoute, en tout cas par rap­port à tout ce que j’ai pu voir dans les éta­blis­se­ments que j’ai fré­quen­tés. Mais, il y a de ça, comme on dit.

Fina­le­ment, on se prend au jeu. On se demande com­ment la situa­tion pourra se déblo­quer. Le pro­fes­seur con­ti­nue son cours, pro­fi­tant de la puis­sance que lui con­fère cette arme à feu dont elle s’est sai­sie. On se doute bien que cela devra bien finir…

En revan­che, le film a un côte un peu arti­fi­ciel. Durant la prise d’otage, Adjani passe en revue tou­tes les tares de la ban­lieue : le racisme, le sexisme, la vio­lence… C’est une des­crip­tion sans con­ces­sion et peu flat­teuse. L’hési­ta­tion entre le rela­ti­visme (il faut com­pren­dre les jeu­nes issus de l’immi­gra­tion, par­tir de leur cul­ture) et l’affir­ma­tion d’un modèle sco­laire uni­que pour tous (l’école est laï­que, aveu­gle aux dif­fé­ren­ces reli­gieu­ses et cul­tu­rel­les) est aussi mise en avant. Adjani incarne l’une de ces posi­tions. On com­prend dès lors qu’elle règle des compte avec cette men­ta­lité qui lui pour­rit sa vie de pro­fes­seur, mais le rendu sonne faux.

Si vous aimez la pro­blé­ma­ti­que de ce genre de films (l’école, l’immi­gra­tion, les ban­lieues, etc.) vous pou­vez aller le voir. Ne vous atten­dez pas à être ren­versé, même si la posi­tion défen­due par le film est plu­tôt inha­bi­tuelle. Per­son­nel­le­ment, je suis bien con­tent de l’avoir vu, à la télé­vi­sion. Dépen­ser 9 euros m’aurait, mal­gré tout, légè­re­ment aigri l’esprit.

P.S. Durant la prise d’otage, Adjani émet une curieuse reven­di­ca­tion : qu’il soit ins­ti­tué une jour­née natio­nale de la jupe. D’où le titre du film. J’ai été sur­pris de décou­vrir ce site

mercredi, 18 mars 2009

Carnet n°10 - Qui cherche des poux à l'Église ?

Benoît XVI en par­tance pour le Came­roun.

Déci­dé­ment, l’Église fait beau­coup par­ler d’elle en ce moment. Après la levée de l’excom­mu­ni­ca­tion de l’évê­que néga­tion­niste Mgr. William­son, après l’excom­mu­ni­ca­tion (désor­mais annu­lée) pour cause d’avor­te­ment au Bré­sil, voici qu’une nou­velle polé­mi­que enfle.

La pape et la capote. Tel pour­rait être son titre…

Plu­tôt que de longs dis­cours dans le vide, je me pro­pose de mon­trer, en les citant, com­ment quel­ques jour­naux d’enver­gure ont cou­vert l’affaire. J’ai mis en gras les pas­sa­ges les plus uni­ver­sel­le­ment rap­por­tés.


Le Monde :

Acclamé par des mil­liers de per­son­nes tout au long de son par­cours entre l’aéro­port de Yaoundé (Came­roun), où il est arrivé mardi 17 mars, et la non­cia­ture apos­to­li­que, le pape n’a sans doute pas porté atten­tion aux immen­ses pan­neaux publi­ci­tai­res, qui, de loin en loin, van­tent les méri­tes du pré­ser­va­tif dans la lutte con­tre le sida.

Une réa­lité afri­caine qui con­tre­dit les pro­pos tenus quel­ques heu­res plus tôt par Benoît XVI, dans l’avion qui l’ame­nait sur un con­ti­nent dévasté par la pan­dé­mie. « On ne peut pas résou­dre le pro­blème du sida avec la dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs. Au con­traire, cela aug­mente le pro­blème », a-t-il déclaré, abor­dant pour la pre­mière fois de son pon­ti­fi­cat le sujet de manière aussi expli­cite, plus fron­ta­le­ment encore que son pré­dé­ces­seur Jean Paul II.



Libé­ra­tion :

Benoît XVI fait l’una­ni­mité con­tre lui ce mer­credi. ONG et poli­ti­ques lui tom­bent des­sus à bras rac­cour­cis, 24 heu­res après ses pro­pos selon les­quels le pro­blème du sida ne « peut pas être réglé » par la « dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs » et qu’« au con­traire, leur uti­li­sa­tion aggrave le pro­blème ».

« Très clai­re­ment ce sont des paro­les gra­vis­si­mes quand on voit l’impact que ce type de mes­sage peut avoir en Afri­que où vivent les deux tiers des per­son­nes séro­po­si­ti­ves », estime ainsi Béa­trice Lumi­net, res­pon­sa­ble de Méde­cins du Monde.



L’Express :

Le pape Benoît XVI, qui entame ce mardi au Came­roun son pre­mier voyage en Afri­que, a abordé d’emblée le grave pro­blème du sida qui frappe dure­ment ce con­ti­nent, en cam­pant sur la posi­tion de l’Église catho­li­que con­tre l’usage du pré­ser­va­tif. […]

Benoît XVI s’expri­mait à bord de l’avion qui le con­dui­sait à Yaoundé, où il doit atter­rir vers 16h00 GMT. Il y a estimé que l’on ne pou­vait « pas régler le pro­blème du sida », pan­dé­mie aux effets dévas­ta­teurs en Afri­que, « avec la dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs ». « Au con­traire (leur) uti­li­sa­tion aggrave le pro­blème », selon lui. Le Vati­can est opposé à toute forme de con­tra­cep­tion autre que l’abs­ti­nence (totale ou tem­po­raire) et réprouve l’usage du pré­ser­va­tif, même pour des motifs pro­phy­lac­ti­ques (pré­ven­tion de mala­dies).



Le Figaro :

Le pape Benoît XVI, qui entame mardi au Came­roun son pre­mier voyage en Afri­que, a abordé le pro­blème du sida qui frappe dure­ment ce con­ti­nent, en cam­pant sur la posi­tion de l’Église catho­li­que con­tre l’usage du pré­ser­va­tif. Il a ainsi estimé que l’on ne pou­vait « pas régler le pro­blème du sida », pan­dé­mie aux effets dévas­ta­teurs en Afri­que, « avec la dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs ». « Au con­traire (leur) uti­li­sa­tion aggrave le pro­blème », a-t-il ajouté. Des décla­ra­tions qui sur­vien­nent alors que le nom­bre de fidè­les en Afri­que a encore pro­gressé de 3% en 2007, alors qu’il est resté sta­ble sur l’ensem­ble du reste de la pla­nète.



Ouest France :

Dans l’avion qui le menait au Came­roun, Benoît XVI n’a pas hésité à tenir les pro­pos les plus con­ser­va­teurs dans le rap­pel de la doc­trine de l’Église sur la sexua­lité. On ne peut « pas régler le pro­blème du sida avec la dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs. Au con­traire, leur dis­tri­bu­tion aggrave le pro­blème », a tran­ché Benoît XVI. Seule solu­tion pour ce pape ultra­con­ser­va­teur : l’abs­ti­nence. Il l’avait dit dès son élec­tion, en rece­vant des évê­ques afri­cains : « Le lien sexuel de la chas­teté est l’uni­que manière sûre et ver­tueuse pour met­tre fin à cette plaie tra­gi­que. »



Je crois que l’on cou­vre un bon échan­tillon là.

Main­te­nant, voici la retrans­crip­tion exacte des pro­pos du pape, tels qu’ils sont publiés par La Croix, ver­ba­tim :

Phi­lippe Vis­sey­rias, France 2 : Saint-Père, parmi les nom­breux maux dont souf­fre l’Afri­que, il y a en par­ti­cu­lier la pro­pa­ga­tion du sida. La posi­tion de l’Église catho­li­que sur les moyens de lut­ter con­tre le sida est sou­vent con­si­dé­rée irréa­liste et inef­fi­cace. Allez-vous abor­der ce thème durant votre voyage ?

Benoît XVI : Je dirais le con­traire. Je pense que l’entité la plus effi­cace, la plus pré­sente sur le front de la lutte con­tre le sida est jus­te­ment l’Église catho­li­que, avec ses mou­ve­ments, avec ses réa­li­tés diver­ses. Je pense à la com­mu­nauté de Sant’Egi­dio qui fait tel­le­ment, de manière visi­ble et aussi invi­si­ble, pour la lutte con­tre le sida, je pense aux Camil­liens, à tou­tes les sœurs qui sont au ser­vice des mala­des… Je dirais que l’on ne peut vain­cre ce pro­blème du sida uni­que­ment avec des slo­gans publi­ci­tai­res. S’il n’y a pas l’âme, si les Afri­cains ne s’aident pas, on ne peut résou­dre ce fléau en dis­tri­buant des pré­ser­va­tifs : au con­traire, cela ris­que d’aug­men­ter le pro­blème. On ne peut trou­ver la solu­tion que dans un dou­ble enga­ge­ment : le pre­mier, une huma­ni­sa­tion de la sexua­lité, c’est à dire un renou­veau spi­ri­tuel et humain qui impli­que une nou­velle façon de se com­por­ter l’un envers l’autre, et le second, une ami­tié vraie, sur­tout envers ceux qui souf­frent, la dis­po­ni­bi­lité à être avec les mala­des, au prix aussi de sacri­fi­ces et de renon­ce­ments per­son­nels. Ce sont ces fac­teurs qui aident et qui por­tent des pro­grès visi­bles. Autre­ment dit, notre dou­ble effort pour renou­ve­ler l’homme inté­rieu­re­ment, don­ner une force spi­ri­tuelle et humaine pour un com­por­te­ment juste à l’égard de son pro­pre corps et de celui de l’autre, et notre capa­cité à souf­frir, à res­ter pré­sent dans les situa­tions d’épreuve avec les mala­des. Il me sem­ble que c’est la réponse juste, l’Église agit ainsi et offre par là même une con­tri­bu­tion très grande et très impor­tante. Remer­cions tous ceux qui le font.



Main­te­nant com­pa­rez le pas­sage grassé dans le ver­ba­tim avec les extraits publiés dans les dif­fé­rents arti­cles. Con­clu­sion ?

Sour­ces :

- Sté­pha­nie Le Bars, « Sida : Benoît XVI ren­force la posi­tion de l’Église con­tre le pré­ser­va­tif », Le Monde, 18 mars 2009.
- Rédac­tion en ligne, « Le Pape mis à l’index après ses décla­ra­tions sur le pré­ser­va­tif », Libé­ra­tion, 18 mars 2009.
- Rédac­tion en ligne, « Le pape con­teste l’effi­ca­cité du pré­ser­va­tif  », L’Express, 17 mars 2009.
- Flore Galaud, « Pour Benoît XVI, le pré­ser­va­tif “aggrave le pro­blème” du sida  », Le Figaro, 17 mars 2009.
- Rédac­tion en ligne, « Le pape en Afri­que con­tre le pré­ser­va­tif », Ouest France, 18 mars 2009.

Pour les pro­pos du pape rap­por­tés par La Croix : Ver­ba­tim des décla­ra­tions du pape sur le pré­ser­va­tif dans l’avion papal.

Voir aussi Maî­tre Éolas, qui revient éga­le­ment sur les affai­res William­son et bré­si­lienne : « La (Bonne) Parole est à la défense ».

Carnet n°9 - Enfin un artiste raisonnable !

Je n’en reviens pas, tel­le­ment c’est inac­cou­tumé, mais l’humou­riste Gad Elma­leh est favo­ra­ble au main­tien du bou­clier fis­cal…!

Si, si, ce n’est pas un canu­lar ; ces­sez de vous frot­ter les yeux et de vous pin­cer, regar­dez plu­tôt :


Gad Elma­leh, sur Euro­pe1, sou­tient le bou­clier fis­cal (17 mars 2009)

Je n’en reviens pas, mais M.-O. Fogiel moins encore ! Cela sem­ble tel­le­ment ahu­ris­sant qu’il repose la ques­tion en pre­nant bien soin de tout expli­ci­ter, allant même jusqu’à cor­ri­ger Gad Elma­leh qui n’avait pas com­pris que l’impôt sur la for­tune était inclus dans le bou­clier fis­cal…

Et le plus drôle c’est que même après avoir été cor­rigé, Gad Elma­leh campe sur sa posi­tion, désar­çon­nant com­plè­te­ment M.-O. Fogiel qui n’est plus capa­ble que de lâcher une répli­que mas­quant mal son trou­ble : « Il y a des gens qui heu… atten­dent évi­dem­ment de… qu’on leur reverse de… heu l’argent pour pou­voir vivre. »

On est bien loin de Lau­rent Ruquier qui, un jour, avait déclaré aimer payer des impôts et vou­loir même en payer davan­tage, ce qui fai­sait de lui un homme de gau­che…

mardi, 17 mars 2009

Carnet n°8 - D'autres zemmourismes


À regar­der d’abord : Ça se dis­pute sur iTele - 14 mars 2009.

Je par­le­rai seu­le­ment du pre­mier sujet sur Total.

Total vient d’annon­cer la sup­pres­sion de 555 pos­tes, mal­gré des pro­fits records (pres­que 14 mil­liards d’euros en 2008). Bien évi­dem­ment, cela fait scan­dale. D’autant que la moro­sité éco­no­mi­que ambiante ne porte à la clé­mence ni l’opi­nion publi­que, ni les poli­ti­ques, tou­jours prompts à épou­ser doci­le­ment cette der­nière. (Notons, tou­te­fois, la voix dis­cor­dante et bien­ve­nue de Fran­çois Fillon.)

Lau­rent Wau­quiez se fâche tout rouge, Luc Cha­tel crie à la « tra­hi­son », Mar­tine Aubry gémit qu’elle est cho­quée, Besan­ce­not, tou­jours dans la mesure, ne craint pas de lan­cer « Total assas­sine l’emploi », rien que ça (bah oui, en France, il n’y a que 555 emplois, voyez…), etc. On pour­rait ajou­ter les com­plain­tes syn­di­ca­les, mais, à tout pren­dre, elles me sem­blent plus com­pré­hen­si­bles que les pâmoi­sons poli­ti­car­des.

Venons-en à nos deux lous­tics de Ça se dis­pute. Je relè­ve­rai deux idées qui m’ont paru par­ti­cu­liè­re­ment idio­tes.

Nico­las Dome­nach se plaint de l’impuis­sance du gou­ver­ne­ment qui qué­mande médio­cre­ment un geste pour l’emploi de la part de Total. Cela mon­tre, selon lui, l’affai­blis­se­ment qui frappe aujourd’hui le pou­voir poli­ti­que. Inté­rieu­re­ment, je ne puis que me féli­ci­ter de cette impuis­sance, en fait rela­tive. Ce n’est défi­ni­ti­ve­ment pas à l’État de dire com­ment doi­vent se gérer les entre­pri­ses. Sinon il fau­drait être cohé­rent, si l’État sait si bien ce qu’il faut faire, qu’attend-il pour pren­dre direc­te­ment en charge toute l’éco­no­mie ? L’inco­hé­rence des éta­tis­tes « modé­rés » me sidé­rera tou­jours : pas assez éta­tis­tes pour natio­na­li­ser toute l’éco­no­mie, mais suf­fi­sam­ment pour pré­ten­dre que les gou­ver­ne­ments puis­sent s’ingé­rer dans la stra­té­gie des entre­pri­ses, sans jamais assu­mer, bien entendu, les effets per­vers de leurs intru­sions…

Eric Zem­mour fus­tige doc­te­ment le mon­dia­lisme des grands grou­pes fran­çais, qui ne le seraient plus que de nom. On com­prend bien que, pour lui, ces grou­pes seraient moins abrup­tes s’ils étaient res­tés « fran­çais ». Or, c’est à la fois vrai et faux. Faux parce que les logi­ques éco­no­mi­ques ne con­nais­sent pas vrai­ment de natio­na­lité : en sorte que si Total anti­cipe une réduc­tion des ven­tes d’essence, que le groupe soit « fran­çais » ou « mon­dia­lisé » ne change rien à l’affaire. Vrai parce que la natio­na­lité de la mul­ti­na­tio­nale déter­mine encore gran­de­ment sa poli­ti­que sala­riale, aussi sur­pre­nant que cela puisse paraî­tre. Tou­te­fois, cela n’étaye pas le pro­pos de Zem­mour, parce que les mul­ti­na­tio­na­les, lorsqu’elles sup­pri­ment des pos­tes, le fond en prio­rité dans les pays étran­gers… Il est com­mode pour Zem­mour de s’en pren­dre à la mon­dia­li­sa­tion, aux capi­taux apa­tri­des, au mon­dia­lisme soi-disant fou. Encore des lubies bien loin de la réa­lité.

Note :
Sur les rela­tions entre le com­por­te­ment des mul­ti­na­tio­na­les et leur natio­na­lité, je ren­vois (eh oui, encore une fois, je vous ai dit que c’était un livre inté­res­sant) au Dedieu - Lechy­pre, 101 idées reçues sur l’éco­no­mie, « Les mul­ti­na­tio­na­les sont apa­tri­des », p. 27.

dimanche, 15 mars 2009

Carnet n°6 - Et notre avis, c'est du beurre ?

Le 29 mars pro­chain, Mayotte votera pour déci­der, ou non, de deve­nir le 101ème dépar­te­ment fran­çais. Bien pour eux, mais je me demande pour­quoi les « autres », c’est-à-dire essen­tiel­le­ment les métro­po­li­tains, ne sont pas con­sul­tés…

C’est que Mayotte, c’est 95% de musul­mans. Bon passe encore. C’est la poly­ga­mie ins­ti­tu­tion­na­li­sée. Là, ça com­mence à coin­cer. C’est une île qui importe 98% de ce qu’elle con­somme. Ce qui veut dire une île por­tée à bout de bras par l’État. C’est une île sou­mise à une immi­gra­tion mas­sive en pro­ve­nance des Como­res voi­si­nes…

Bref, après la récente crise en Gua­de­loupe, Mar­ti­ni­que et Réu­nion, je trouve étrange qu’aucun débat ne soit réel­le­ment con­duit sur la ques­tion. (Non, en fait je devine : il ne fau­drait pas pas­ser pour d’affreux racis­tes.)

Or, l’issue du réfé­ren­dum ne fait guère de doute sur place, le oui devant l’empor­ter haut la main. La popu­la­tion sait bien ce qu’elle aura à gagner : minima sociaux, aides finan­ciè­res de l’Union euro­péenne, etc. J’ai bien peur que la France ne repro­duise ici les mêmes erreurs que dans les autres DROM (dépar­te­ments et régions d’outre-mer, on ne parle plus de DOM-TOM depuis la révi­sion cons­ti­tu­tion­nelle de 2003).

Mais, dans le même temps, les Maho­rais (habi­tants de Mayotte) devront éga­le­ment se plier à la loi répu­bli­caine. Ce qui signi­fie des impo­si­tions nou­vel­les et l’aban­don de cer­tai­nes pra­ti­ques loca­les : poly­ga­mie, mariage des filles dès 15 ans, répu­dia­tion uni­la­té­rale, iné­ga­lité entre hom­mes et fem­mes (un témoi­gnage fémi­nin vaut moi­tié moins), etc. Je m’inter­roge vive­ment sur la capa­cité de notre État décré­pit à gérer cor­rec­te­ment la situa­tion là-bas…

En tout état de cause, on pour­rait aussi nous con­sul­ter !

Source :
Jean-Louis Trem­blais, « Mayotte : enquête sur le futur 101e dépar­te­ment », Le Figaro, 13/03/2009.

Carnet n°5 - La dure loi de l'Eglise

Sans doute avez-vous entendu parlé de cette triste affaire bré­si­lienne, où une fillette de neuf ans, plu­sieurs fois vio­lée par son beau-père, tombe fina­le­ment enceinte et avorte. L’arche­vê­que de Recife pro­clame l’excom­mu­ni­ca­tion de la mère et des méde­cins, tous cou­pa­bles de l’avor­te­ment (mais pas la fillette).

Cette his­toire remonte à quel­ques jours déjà, j’ai pré­féré pren­dre mon temps. Je n’ai pas voulu en par­ler de suite car, d’une part j’avais des billets en pré­pa­ra­tion qu’il fal­lait bien publier, d’autre part c’est typi­que­ment le genre de sujet qu’il faut pren­dre avec recul. Quand il s’agit d’avor­te­ment et que l’Église s’en mêle, vous êtes assuré d’avoir du grand n’importe quoi. Et, effec­ti­ve­ment.

Le scan­dale agite la presse. L’esprit pro­gres­siste de notre temps, si prompt à se parer des meilleu­res ver­tus, mon­tre sa nature véri­ta­ble, faite d’into­lé­rance, d’indi­gna­tions faci­les, de rac­cour­cis com­mo­des et de mal­hon­nê­teté intel­lec­tuelle (comme ici). On ne com­prend pas pour­quoi le beau-père n’est pas excom­mu­nié : n’est-ce pas répu­gnant ce qu’il a com­mis ? À neuf ans, une fillette ne peut mener une gros­sesse à terme, si bien qu’il y avait dan­ger pour sa santé : pour­quoi punir une inter­ven­tion médi­cale sal­va­trice, qui plus est per­mise par une légis­la­tion bré­si­lienne déjà fort res­tric­tive en matière d’avor­te­ment ?

Per­son­nel­le­ment, je ne suis pas par­ti­cu­liè­re­ment cho­qué par le com­por­te­ment de l’Église. Toute l’his­toire, bien sûr, me peine, mais je pense que l’Église agit de façon par­fai­te­ment cohé­rente avec ses valeurs. Et ses valeurs ne sont pas si absur­des qu’il n’y paraît.

En pre­mier lieu, elle est bien libre d’excom­mu­nier qui ne res­pecte pas ses règles. Sou­ve­nons-nous, au pas­sage, que ces excom­mu­ni­ca­tions ne peu­vent con­cer­ner, par défi­ni­tion, que des catho­li­ques. Per­son­nes n’est con­traint d’être catho­li­que. Mais celui qui décide de res­ter dans le giron de l’Église se doit d’en res­pec­ter les valeurs et les pres­crip­tions.

En second lieu, Il sem­ble­rait que la famille ait été tout d’abord hos­tile à l’avor­te­ment. L’his­toire est peut être plus embrouillée qu’il n’y paraît.

En troi­sième lieu, avec l’Église, le par­don n’est jamais très loin. L’excom­mu­ni­ca­tion peut-être levée en cas de repen­tir de la mère et des méde­cins. D’ailleurs, il sem­ble qu’elle ait fina­le­ment renoncé à l’excom­mu­ni­ca­tion.

En der­nier lieu, l’Église hié­rar­chise l’avor­te­ment et le viol. Celui-là est plus grave car il sup­prime une vie, tan­dis qu’un viol ne retran­che aucune exis­tence. J’acquiesce à cette hié­rar­chie. L’avor­te­ment m’appa­raît pire que le viol, fût-il com­mis sur un enfant. Cela ne signi­fie pas, bien entendu, qu’un viol n’est pas gra­vis­sime ; je ne crois d’ailleurs pas que l’Église dise le con­traire. C’est aussi amu­sant de voir que cette affaire fait tant de bruit parce que l’Église est inter­ve­nue. Sans cela, per­sonne n’en aurait autant parlé : le viol serait-il si banal ?

Je ne suis pas catho­li­que, je tiens à le signa­ler ; je suis déiste, ce qui en fera rire plus d’un, mais qu’importe. J’ai tou­jours eu l’avor­te­ment en hor­reur. Je ne sau­rais l’expli­quer. Je me sou­viens à peu près du jour où ma mère m’expli­qua ce qu’on appelle avec euphé­misme l’inter­rup­tion volon­taire de gros­sesse. J’étais petit, mais en âge de com­pren­dre. Je me sou­viens bien de la gêne qui m’enva­hit alors. L’IVG me parut bien étrange et les expli­ca­tions mater­nel­les (mais une femme a bien le droit de dis­po­ser de son corps, quand même !) plus étran­ges encore. Quand j’y repense aujourd’hui, je crois que je me disais que je n’aurais pas été là, si ma pro­pre mère m’avait avorté. C’est une idée qui fait une drôle d’impres­sion…

L’avor­te­ment sup­prime bel et bien une vie et, à ce titre, ne devrait pas être auto­risé.

Tou­te­fois, je con­çois l’avor­te­ment dans cer­tai­nes cir­cons­tan­ces : en cas de viol, en cas de dan­ger pour la vie de la mère. Je ne suis donc pas cho­qué que la mère ait fait inter­rom­pre la gros­sesse de sa fille. La loi devrait ren­dre le vio­leur res­pon­sa­ble de cette mort, comme une cir­cons­tance aggra­vante du viol. Ce serait plus juste.

Je pour­rais donc dire que je ne suis pas d’accord avec la déci­sion de l’Église. L’Église estime que l’on ne peut choi­sir une vie au détri­ment d’une autre, si bien qu’aucun avor­te­ment n’est per­mis. Moi je pense qu’on ne peut exi­ger cer­tai­nes cho­ses au-delà d’un cer­tain point. C’est un peu comme la non assis­tance à per­sonne en dan­ger : nul ne vous repro­chera de ne pas plon­ger dans une mer déchaî­née pour secou­rir quelqu’un qui se noie… L’Église adopte une posi­tion plus exi­geante, c’est son droit.

Je garde donc deux cho­ses en tête. D’abord que je ne suis pas catho­li­que, je n’ai dès lors aucune leçon à don­ner à l’Église, même si je puis expri­mer une opi­nion. Ensuite que l’Église ne se place pas sur le ter­rain de la loi, mais d’une morale ins­pi­rée d’une reli­gion. Je n’embrasse pas cette morale ni cette reli­gion, mais j’admets que les catho­li­ques, parce qu’ils sont catho­li­ques, doi­vent s’y con­for­mer et que c’est le tra­vail légi­time de l’Église d’y veiller.

Notes :
Dans ce genre de cas, il n’est pas inu­tile de faire un petit tour dans la catho­sphère (après tout, il s’agit bien de l’Église catho­li­que). Pêle mêle :